jeudi 28 juillet 2016

"L'Heure magique de la fiancée du pickpocket" d'Anne BRAGANCE

Délicieux, désopilant, drôle, jubilatoire ! Merci Nathalie pour ce cadeau. Vous n'étiez pas certaine du choix, mais effectivement, avec le cœur, on ne se trompe pas. 


Nous sommes à Marseille, Irina rencontre son futur mari quand il tente de lui voler son portefeuille.
Mais avant le mariage, les familles doivent se connaître; c'est le fond de l'histoire : la rencontre de deux mondes opposés dans le Marseille actuel.

"Le ciel m'est tombé sur la tête quand elle a dit oui. Sur la tête de ma mère, j'ai posé la question comme ça, histoire de rire et elle a dit oui. Depuis je ris jaune. Jamais de ma vie j'ai voulu me marier, j'y pensais même pas, qu'est-ce qui m'a pris l'autre soir ? Ça doit être à cause de ses guibolles et de la pluie, un déchaînement des circonstances indépendant de ma volonté. Quand j'y repense, il y a eu un autre responsable : le Campari. Quand les verres sont arrivés sur notre table, j'ai cru qu'elle allait se pâmer. Le Campari, c'est son apéritif préféré, vous parlez d'une coïncidence ! "

dimanche 10 juillet 2016

"Histoires pour distraire ma psy" de Jean-Louis FOURNIER

Une série de petites histoires plus ou moins drôles mais jamais ennuyeuses.
Quelques très bonnes phrases et une madeleine de Proust pour les histoires de la Noiraude et de l'oiseau qui ne voulait pas voler : antivol. :)



"Quand on m'a conseillé de faire une analyse, j'ai rencontré trois psychanalystes, une femme et deux hommes. Les hommes ne me disaient rien. l'un me regardait avec un regard noir, il me faisait peur, l'autre avait l'air trop gentil et une gourmette. La fille me faisait penser à une étudiante un peu paumée, ses yeux tristes avaient la couleur des huitres."

"Si on ne me regarde pas, si on ne m'écoute pas, qu'est ce qui me prouve que j'existe ?"

"Depuis 20 ans qu'il attend son réveil, Bernard s'ennuie. Souvent, à force de fixer sa femme, ses paupières s'alourdissent, il somnole comme devant un film iranien sur Arte. "

"Quand on a peur de mourir, on appelle le docteur pour qu'il vous empêche de mourir. Moi, je ne peux plus l'appeler, il est mort.
Et quand on a peur de vivre, qui peut-on appeler ?"

"Je déteste ceux qui se réveillent de bonne humeur. Ceux qui, dès le matin, ont des ressorts sous leurs pattes, ceux qui sifflotent, ceux qui ouvrent en grand leur fenêtre et regardent dehors avec un grand sourire niais, même quand il pleut, ceux qui, hilares croquent une pomme.
On les dirait échappés d'une pub."

"Ils étaient riches et ils s'adoraient. Puis un jour, brutalement le feu s'est éteint, ils ne se sont plus aimés.Ils ont décidé de se séparer, de partir chacun de son côté vivre sa vie. Ils vont devoir vendre. Leur maison est inconsolable."

"Je ne sais pas si gourou, au pluriel, ça prend un X, mais ça prendrait bien ma main dans la gueule."

"Rien ne s'oppose à la nuit" de Delphine de VIGAN

"Aujourd'hui, maman est morte." Voici l'incipit bien connu de "l'Étranger "d'Albert Camus. 
Celui de Delphine de Vigan : "Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier."

La comparaison s'arrête là mais à mon avis elle n'est pas anodine.


A la suite à cette macabre découverte, elle décide de nous raconter sa mère.

Un livre autobiographique bouleversant.
 
 

"J'écris ce livre parce que j'ai la force de m'arrêter aujourd'hui sur ce qui me traverse et parfois m'envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d'avoir peur qu'il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l'emprise d'une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l'ombre. "

"Quelques années plus tôt, au père de mes enfants qui me reprochait d'être dans la fuite en avant (...), j'avais répondu pompeusement que j'étais dans la vie."

"Désormais la mort d'Antonin ne serait plus qu'une onde souterraine sismique, qui continuerait d'agir sans aucun bruit."

"Le noir de Lucile est comme celui du peintre Pierre Soulages. Le noir de Lucile est un Outrenoir, dont la réverbération, les reflets intenses, la lumière mystérieuse, désignent un ailleurs.
Lucile est morte comme elle souhaitait: vivante. Aujourd'hui, je suis capable d'admirer son courage."

"Un jour Lucile partirait, elle quitterait le bruit, l’agitation, le mouvement. Ce jour-là, elle serait une seule, distincte des autres, ne ferait plus partie d’un ensemble. Elle se demandait souvent à quoi ressemblerait le monde, ce jour-là, s’il serait plus violent, ou au contraire plus clément. "

"Je veux mourir vivante "

"J'ai pensé qu'être adulte ne prémunissait pas de la peine vers laquelle j'avançais, que ce n'était pas plus facile qu'avant, quand nous étions enfants, qu'on avait beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa propre famille, il n'y avait rien à faire, on venait de là, de cette femme; sa douleur ne nous serait jamais étrangère. "

« Lucile nous a laissé ce doute en héritage, et le doute est un poison. »

"Lucile était devenue une toute petite chose friable, recollée, rafistolée, irréparable en vérité.
De toutes les images que j'ai gardées de ma mère, celle-ci est sans doute la plus douloureuse. "

"Sans doute avais-je envie de rendre un hommage à Lucile, de lui offrir un cercueil de papier - car, de tous, il me semble que ce sont les plus beaux - et un destin de personnage. "

lundi 27 juin 2016