Affichage des articles dont le libellé est citation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est citation. Afficher tous les articles

dimanche 22 mars 2020

"La Panthère des neiges" de Sylvain Tesson



Une grande respiration loin de ce qu'on vit en ces moments anxiogènes. La quête du Graal animal, la quête de La Panthère des neiges qu'on annonçait disparue. Le retour à la nature, la vraie, à l'introspection.

On a l'oeil et l'expérience de Vincent Munier dont je suivais déjà le travail photographique et la poésie de Sylvain Tesson qui m'avait déjà bien fait vibrer "Dans les forêts de Sibérie". Magique !

Quelques passages délicieux ou terrassants : 

"Ce pays est un Éden. Climatisé."

"Soudain un âne sauvage. L'animal s'arrêta, aux aguets. Munier collait son oeil dans le viseur. Cette gymnastique s'apparentait à la chasse. Ni Munier ni moi n'avons l'âme tueuse. Pourquoi détruire une bête plus puissante et mieux adaptée que toi ? Le chasseur fait coup double. Il détruit un être et tue en lui-même le dépit de n'être point aussi viril que le loup ou aussi découplé que l'antilope. Pan ! Le coup part. "Enfin !", dit la femme du chasseur.
Il faut le comprendre le pauvre, il est injuste d'être bedonnant quand vaque autour de soi un peuple tendu comme l'arc. "

""J'ai beaucoup circulé, j'ai été regardé et je n'en savais rien" : c'était mon nouveau psaume et je le marmonne à la mode tibétaine, en bourdonnant. Il résumait ma vie. Désormais je saurai que nous déambulions parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles. Je m'acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l'attention et de la patience. Appelons cela l'amour. "

"Le pelage des antilopes égayait l'aridité des taches joyeuses. Blanche et grisée, plus douce qu'un cachemire, leur toison les a condamnées. Les braconniers vendaient les peaux à l'industrie textile, business planétaire. L'espèce était menacée de disparition malgré les programmes de protection gouvernementaux. La lumière auréolait les encolures, je ne chassais pas cette idée : l'une des traces du passage de l'homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette. L'être humain avait résolu la question philosophique de sa nature propre : il était un nettoyeur."

""... La fourrure de ces êtres laçant et délaçant leurs courses fraternelles est destinée à finir sur les épaules d'êtres humains dont les capacités physiques sont notoirement moindres. En d'autres termes, Lucette, incapable de courir cent mètres, ne rougira jamais de porter un cache-nez en chirou."

"Marie rangea la caméra :
-Ils se battent, ils vont aux filles : la vieille histoire."

"Avant de baisser les fermetures éclair des tentes, Munier nous lança sa recommandation :
-Ne mettez pas de boules Quies, les loups vont peut-être chanter.
C'est pour entendre des phrases pareilles que je partais en voyage. Puis la Lune se leva et ne put rien pour nous, il fait -30°C sous la toile. Les rêves gelaient."

"Loups ! Ne restez pas en France, ce pays a trop de goût pour l'administration des troupeaux. Un peuple qui aime les majorettes et les banquets ne peut pas supporter qu'un chef de la nuit vaque en liberté.
Déjà les fermiers rentraient dans leur ferme distribuant des coups de pied aux mastiffs. Sur Terre, la gazelle fonce, le loup rôde, le yack roule, le vautour médite, l'antilope dégage, le pika prend la soleil et le chien paie pour tout le monde."

"Munier et Marie s'aimaient. En silence, sans transports. Lui, grand et sculptural, possédait les clefs de la lecture du monde et respectait le mystère de cette fille élastique qui ne se livrait pas. Elle, somptueuse, caoutchouteuse, mutique, admirait l'homme qui savait des secrets mais ne perçait pas les siens. C'étaient deux jeunes dieux grecs dans de beaux animaux supérieurs."

"Mon camarade ne vouait pas son amour à l'idée abstraite de l'homme mais à des récipiendaires réels  : ici, les bêtes et Marie. La chair, les os, les poils, la peau : avant les sentiments, il lui fallait quelque chose sous la main."

"L'homme s'était autoproclamé chef du politburo du vivant, s'était propulsé au sommet de l'échelle et avait imaginé une flopée de dogmes pour légitimer sa domination. Tous défendaient la même cause : lui-même. "L'homme est la gueule de bois de Dieu." disais-je. Elle n'aimait pas ces formules. Elle m'accusait de lancer des pétards inutiles."

"Il restait 5 000 panthères dans le monde. Statistiquement, on comptait davantage d'êtres humains vêtus de manteaux de fourrure."

"Je la croyais camouflée dans le paysage, c'était le passage qui s'annulait à son apparition."

"Elle baillait.
Voilà l'effet de l'homme sur la panthère du Tibet. 
Elle nous tourna le dos, s'étira, disparut.
Je rendis la lunette à Munier. C'était le plus beau jour de ma vie depuis que j'étais mort."

"-L'année dernière, raconta Minier, je désespérais de voir la panthère. J'étais en train de replier mon affût quand un grand corbeau donna l'alerte sur la crête. Je restai pour l'observer, et soudain, la panthère apparut. Le corbeau me l'avait signalée.
-Par quel étrange mouvement de l'âme en arrive-t-on à tirer dans la tête d'un être pareil? dit Marie.
-"L'amour de la nature" est l'argument des chasseurs, dit Munier.
-Faut-il laisser les chasseurs entrer au musée, dis-je.
Par amour de l'art ils lacèreraient un Vélasquez. Mais par amour d'eux-mêmes, étrangement, ils sont peu nombreux à se tirer une balle dans la bouche."

"Rencontrer un animal est une jouvence. L'oeil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l'incommunicable."

"L'intensité avec laquelle on se force à jouir des choses est une prière adressée aux absents. Ils auraient aimé être là. C'est pour eux que nous regardons la panthère. Cette bête, sage fugace, était le totem des êtres disparus. Ma mère emportée, la fille en allée : chaque apparition les avait ramenées."

"La complicité d'un homme avec le monde animal rend supportable le séjour dans les cimetières urbains."

"Regardez la Lune !"
Elle était pleine. "C'est le dernier monde sauvage à portée de regard."









mercredi 13 novembre 2019

"Le roman vrai d'Alexandre" par Alexandre Jardin



Ah ! Enfin ! On m'avait dit VRAI ! Finis les mensonges, les fausses amours... Alexandre Jardin se livre, se met à nu au risque de surprendre, de décevoir pourquoi pas ?
Et bien, je le préfère ainsi. 
Il retrace sa vie depuis sa prime enfance, ses amours, sa famille et raconte comment il a commencé à écrire la vie qu'il aurait aimé vivre plutôt que de la vivre. Une sorte de dédoublement de personnalité incarnée dans ses livres et sur les plateaux télé.

Le risque maintenant est d'imaginer que la vérité n'est plus. Ni avant ni maintenant. Il le dit lui-même d'ailleurs : Est-ce que ce roman biographique n'est pas un coup de com. ? C'est le risque qu'il a pris. J'espère pour lui qu'il va pouvoir maintenant se libérer des vieux démons qu'il a décrits dans son "Roman vrai" et renaître de ses cendres. 

Quelques morceaux choisis : 

"Mais je suis trop papa et trop au bout de mes ruses pour continuer ma route sur la ligne de crête du chiqué littéraire.
Et puis je sais qu'un vrai livre doit être un risque inconsidéré : quelque chose entre la roulette russe, le blasphème et le banco. A chaque ouvrage, ne faut-il pas s'interdire de vieillir ? Et redémarrer en roue arrière ?"

"A mort ! ce bateleur qui fit de moi un autre que moi, une sorte d'étranger superposé à ma vérité. Je vomis le réjoui si triste que j'ai soutenu à toute force. Viennent les jours légers de l'abandon de toute comédie.
Même s'il faut pour cela, ébrécher la statue et avouer mille contrefaçons ! Alexandre le Petit est mort! Vive Alexandre le Grand -celui qui justement n'a rien de grand. aujourd'hui j'ai rendez-vous avec l'homme ordinaire que je n'aurais jamais dû cesser d'être.
Désormais,  je m'apprête à devenir un auteur qui tentera une tout autre littérature, remueuse de réel, interpelante et entichée de la vérité brute des gens, aux antipodes de la précédente, si éloignée des réalités acides de notre quotidien. "

"Exilé en Irlande, dès le lendemain des obsèques de mon père, je me mets aussitôt à exécuter des croquis littéraires de l'absent. J'ai une douleur drue. Au moment où le magicien me lâche, je tente de l'enclore dans des notes pour qu'il ne tombe pas dans une trappe d'oubli.
Pour la première fois, écrire me sauve de justesse de la noyade. Son odeur s'évapore de ses pull-overs que j'ai emportés dans mon sac de voyage et que je respire chaque soir. S'il existe un substitut à l'amour, c'est bien la mémoire. Graver le passé rétablit des bribes de l'intimité."

"-si le sort avait eu du talent-Un rêve presque littéraire au secours d'une vie que je ne sais plus vivre."

"Me voici de retour dans une vie invivable, occupée par une absence."

"Ce n'est qu'un quart de siècle après avoir appris son décès légal que je suis devenu vraiment orphelin de père.  Le manque ne se révèle insoutenable qu'avec les années."

"Fragiles, les êtres évidés se remplissent du regard des autres."

"Cette tribu ne portait pas de nom, n'avait pas de territoire ni d'autre doctrine que la joie d'oser vivre sa vie. Il suffisait d'être anormalement authentique pour savoir qu'on en faisait partie."

"Aujourd'hui, je cuve parfois ta mort. Ton hospitalité nomade me manque comme le grand air frais de ta liberté. J'ai été si présent en face de toi."


"Soif" d'Amélie Nothomb


Le paradoxe "aime ton prochain comme toi-même", être omniscient et se laisser crucifier a toujours été sujet de questionnement pour Amélie Nothomb depuis qu'elle est toute petite. 
"Soif" est le sujet de ce questionnement en faisant parler Jésus depuis le moment de son jugement par Ponce Pilate jusqu'à sa résurrection.

Toujours impertinente mais jamais irrespectueuse, Amélie Nothomb nous fait entrer dans la tête d'un Jésus très humain et incarné, pas juste un esprit mais aussi un corps. 

"Pour éprouver de la soif, il faut être vivant. On n'apprend des vérités si fortes qu'en ayant soif, qu'en éprouvant l'amour et en mourant."

Il ne faut pas forcément être croyant pour lire ce 28e roman. Elle se désigne elle-même comme "croyante instransitive". J'ai dévoré ce livre ! J'ai lu et admiré ce Jésus éloigné du dogme, du cathéchisme et proche de l'idée qu'on se fait de l'incarnation que l'on a de lui quand on est enfant. 

Quelques moments forts : 

"Par exemple, il ne parvenait pas à différencier le mensonge du secret."

"Mon Père a créé une drôle d'espèce : soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes généreuses qui ne pensent pas."

"C'est à cela que l'on sait si l'on est amoureux : à ce que l'on ne choisit pas. Les êtres qui ont un ego trop gros ne tombent pas amoureux parce qu'ils ne supportent pas de ne pas choisir. Ils s'éprennent d'une personne qu'ils ont sélectionnée : ce n'est pas de l'amour."

"Et puis tu m'as regardé et cela a empiré : je ne savais pas qu'on pouvait regarder comme cela. Quand tu me regardes, j'ai du mal à respirer."

"L'amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d'être aimé autant qu'on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante. Chercher à se débarrasser de ce versant dubitatif en posant mille questions à l'aimée, c'est nier la nature radicalement ambiguë de l'amour.""

"On dit que l'amour aveugle. J'ai constaté le contraire. L'amour universel est un acte de générosité qui suppose une lucidité douloureuse. Quant à l'état amoureux, il ouvre les yeux sur des splendeurs invisibles à l'oeil nu."

"Grâce à elle j'ai su que dormir était un acte d'amour. Quand nous dormions ainsi, nos âmes se mêlaient davantage encore qu'en faisant l'amour. C'était une longue disparition qui nous emportait ensemble."

"Tentez cette expérience : après avoir durablement crevé de soif, ne buvez pas le gobelet d'eau d'un trait. Prenez une seule gorgée, garez-la en bouche avant de l'avaler. Mesurez cet émerveillement. Cet éblouissement, c'est Dieu."

"Il y a des verbes que je fuis, comme préférer ou remplacer. On n'imagine pas combien ces verbes s'équivalent. J'ai vu des gens se battre pour être des préférés sans se rendre compte que ça les rendait remplaçables."

"Il s'est passé du temps avant que je me retrouve dans l'eau. J'ai adoré cette exaltation. Il faut que j'obtienne ce vide dans ma tête. Créer du rien là où sévit le vacarme. Ce qu'on appelle pompeusement "pensée" n'est jamais qu'un acouphène. J'y suis. Je me pardonne."

"Le rapport est à ce point inversé que ma mère devient mon orpheline. Quoiqu'il en soit les représentations de la mater dolorosa sont toujours des hymnes à l'amour. La mère reçoit le corps de son enfant avec d'autant plus d'ivresse que c'est la dernière fois. Elle pourra se recueillir chaque jour sur sa tombe, elle sait que rien ne vaut l'étreinte : oui, même avec un corps mort, tout l'amour du monde ne s'exprime jamais aussi bien que par l'embrassement."

"Si vous aimez vos morts, faites-leur confiance au point d'aimer leur silence."

"Il faut accepter ce mystère : vous ne pouvez pas concevoir ce que les autres voient dans votre visage. Il y a une contrepartie aussi mystérieuse : je me regarde dans le miroir. Ce que je vois dans mon visage, personne ne peut le savoir. Cela s'appelle la solitude. "


samedi 31 août 2019

"Les Oubliés du dimanche" de Valérie Perrin



Un livre qui fait chaud au coeur comme un chat blotti contre soi.

C'est l'histoire de Justine, 21 ans, orpheline qui vit chez ses grands-parents avec son cousin suite au décès tragique de leurs parents. C'est une personne généreuse et patiente. Mais sa vie se résume à son travail. Elle se voit comme "une petite gonzesse mal coiffée qui remue du popotin le samedi soir au Paradis et pousse des chariot de désinfectants en tout genre".
Elle est aide soignante dans une maison de retraite et aime s'occuper de ces personnes âgées qui souvent se confient à elle. Notamment Hélène, une centenaire qui n'a jamais réussi à lire et qui lui raconte son histoire. Les souvenirs de l'une vont petit à petit révéler les non-dits de la famille de Justine.

Aucun atermoiement dans cette histoire, pas de pathos, juste de l'amour en barres. J'ai adoré !

Des extraits qui donnent envie :

" Mon amour,  la première fois que je t'ai embrassée, j'ai senti un battement d'ailes contre ma bouche. J'ai d'abord cru qu'un oiseau se débattait sous tes lèvres, que ton baiser ne voulait pas du mien.Mais quand ta langue est venue chercher la mienne, l'oiseau s'est mis à jouer avec nos souffle, c'était comme si on se le renvoyait de l'un à l'autre."

"Il faut écouter dans l'urgence car le silence n'est jamais loin."

"Quand on est petit, tous les grands sont des vieux."

"Nous avons tous deux vies. Une vie où l'on dit ce que l'on pensait une vie où on la ferme.Une vie où les mots passent sous silence."

"Dans sa famille, on ne se suicide pas. On vit dans le passé ou on allume la télé."

"On a forcément envie de vivre avec quelqu'un qui vous regarde."

"Mes souvenirs ont perdu la mémoire."

"L'amour ne supporte aucune explication."

"Mais n'empêche que quand j'ai un coup de blues, je prie pour que la vie m'apporte un parasol comme le sien.Son parasol s'appelle Lucien, c'était son mari."


vendredi 23 août 2019

Mademoiselle Liberté d'Alexandre Jardin


Je me suis laissée tenter par une amie (Carine) qui me l'a prêté suite à une publication d'un extrait qui m'avait plu. Malheureusement, ce roman n'est, pour moi, qu'un nouveau remake de "Fanfan", du "Zèbre"... Même si j'ai aimé retrouver son style, c'est un énième livre sur l'amour parfait terni par le quotidien et comment le garder idéal à l'aide d'artifices usagés voire outrés. 
Ses exubérances ne me font plus rire, pire me fatiguent. 
Je vais lire le dernier qui vient de sortir et qui semble être complètement différent ! Chiche ?

Quelques bons passages quand même : 

"La vie n'a pas le droit d'être décevante."

"Le passé n'est qu'un essai. Il ne tient qu'à nous de le retoucher pour le rendre admissible. Les souvenirs ne décèdent que lorsqu'ils n'ont plus d'avenir."

"Au fond, un grand amour c'est une habitude dont on raffole. Un accident régulièrement sublime."

"Quand le monde est veule, le courage devient une tare, la grandeur une bassesse."

"Plus enclin à fréquenter les poètes salaces que les amantes de chair, il ne devait connaître du sexe féminin que ce qu'en rapportent les pornographes désuets, les plumitifs spermeux, ceux qui jouissent au subjonctif sous des couvertures en cuir relié."

"Son esprit se réfugia dans sa peau."

Les Cendres d'Angela de Franck McCourt


Une plongée dans l'Irlande des années 30, ce récit autobiographique vous fait relativer tous vos petits malheurs. Une enfance terrible racontée sans filtre, sans rancoeur avec la sincérité et l'innocence des enfants qui ne comprennent pas tout.  
Extrêmement émouvant ! Merci Luce pour ce partage.

Quelques passages saisissants :

"Quand je revois mon enfance, le seul fait d'avoir survécu m'étonne. Ce fut, bien sûr, une enfance misérable : l'enfance heureuse vaut rarement qu'on s'y arrête. Pire que l'enfance misérable ordinaire, est l'enfance misérable en Irlande. Et pire encore est l'enfance en Irlande catholique."

"Le maître dit que c'est chose glorieuse de mourir pour la foi, Papa dit que c'est chose glorieuse de mourir pour l'Irlande, et je me demande s'il y a quelqu'un au monde qui aimerait que nous vivions."

"Aimez-la comme quand vous étiez enfant
Même si la voilà faible, âgée, le cheveu grisonnant.
Car jamais ne vous manque l'amour d'une mère
Tant qu'elle n'est pas portée en terre."

"Au cul, le Carême ! De quoi on va se priver quand on a le Carême toute l'année ?"

"C'est une mauvaise chose de mettre ainsi ma soeur et mes frères dans des caisses et j'aimerais bien pouvoir en parler à quelqu'un."

"Vous devez apprendre et étudier afin de vous faire vos propres idées sur l'histoire et tout le reste mais c'est impossible tant qu'on a l'esprit vide. Aussi, meublez votre esprit, meublez-le. C'est la maison qui abrite votre trésor et personne d'autre au monde ne peut s'immiscer à l'intérieur. Si vous gagnez aux courses hippiques et achetez une maison qui a besoin de mobilier, la replier-vous de babioles et de rossignols ? Votre esprit est votre maison et, si vous l'encombrez d'immondices rapportées des cinémas, il pourrira dans votre tête. Vous pouvez être pauvres, vos chaussures peuvent être en piteux état, mais votre esprit est un palais."




La Jeune Fille et la nuit de Guillaume Musso


Et voilà ! Le Musso de mon été ! Merci Sandrine pour le prêt ;)

Pour autant, ce dernier roman est différent de ceux que j'ai lus jusqu'alors. C'est un thriller, il m'a fait penser aux romans de Joël Dicker : je l'ai dégusté jusqu'à la dernière miette avec plaisir.
L'histoire se passe sur la côte d'Azur (on a oublié New York même si le héros revient des Etats Unis) lors d'une réunion d'anciens du lycée. Fanny, Thomas et Maxime, les meilleurs amis de Vinca, ne se sont pas revus depuis 20 ans, date à laquelle Vinca avait disparu mystérieusement...

Quelques jolies phrases :

"L’amour est tout ou il n’est rien. Seul comptait l’instant présent."

"Un moment, je m'étais fait croire que les livres pouvaient me guérir de ce sentiment d'abandon et d'apathie mais il ne faut pas trop en demander aux livres. Ils vous racontent des histoires, vous font vivre par procuration des bribes d'existence mais ils ne vous prendront jamais dans leurs bras pour vous consoler lorsque vous avez peur."

"Elle cita Stendhal et son processus de cristallisation amoureuse : « Au moment où vous commencez à vous occuper d’une femme, vous ne la voyez plus telle qu’elle est réellement, mais telle qu’il vous convient qu’elle soit. »"

"Tout le monde a trois vies : une vie publique, une vie privée et une vie secrète : Garcia Marquez"

"Pour moi, il représentait une nouvelle victime de la malédiction des gentils. Cette loi injuste, ce sale destin qui accablait certaines personnes un peu trop fragiles qui avaient comme seul tort d'essayer de bien se comporter avec les autres. Je ne savais plus qui avait prétendu que les hommes ne reçoivent du destin que ce qu'ils sont capables d'endurer, mais c'était faux. Le plus souvent le destin est un salopard pervers et vicieux qui prend son pied en broyant la vie des plus faibles alors que tant de connards mènent une existence longue et heureuse."

"Juillet 1988. L'été du Grand Bleu. [...]
"Il faut que j'aille voir." Ce moment où l'on comprend qu'il va plonger pour ne plus jamais remonter.
"Voir quoi ? Il n'y a rien à voir, Jacques, c'est noir et froid, rien d'autre ! Il n'y a personne. Et moi je suis là, je suis vivante, et j'existe !"
J'ai beau avoir plus de quarante ans, le truc me déchire le cœur chaque fois que j'y repense. Et aujourd'hui encore plus qu'avant."






La Ferme du bout du monde de Sarah Vaughan


Magnifique saga familiale qui se situe en Cornouailles. Cette ferme est un refuge pendant la guerre et un refuge psychologique pour Lucy qui retourne sur le lieu de son enfance après un choc amoureux. Un livre empreint de passions et de liberté. J'ai adoré !

Mes bon moments : 
"Du sable entre les orteils, c'est justement ça la vraie vie, non ? "

"Je n'arrête pas de me répéter le conseil de mamie. Elle m'a mise en garde contre les regrets, m'a dit qu'il ne fallait pas laisser passer les secondes chances. "

"La perte de l'amour peut se révéler si douloureuse... ça et s'interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir... Tu n'as pas envie d'être rongée par le regret."

"Le passé est un autre pays."

"Un mariage ne peut être jugé que par ceux qui le vivent de l'intérieur. "

dimanche 11 août 2019

"La Vie d'une autre " de Frédérique DEGHELT


Après "La Grand-mère de Jade", "Libertango" et surtout "Les Brumes de l'apparence", je n'ai pas hésité à lire "La Vie d'une autre" et je ne suis pas déçue même si ce n'est pas mon préféré.
Encore un livre qu'on déguste jusqu'au bout avec gourmandise.

Imaginez ! Marie a 25 ans, elle vient de rencontrer son amoureux et commence un job. Et, elle se réveille 12 ans plus tard avec aucun souvenir de ce qui s'est passé dans l'entrefait !
L'angoisse !

C'est un roman poignant sur la vie en général et sur nos choix.

Quelques morceaux de... choix :

"Le chagrin est une blessure qui demande à saigner pour pouvoir guérir."

"J’expérimente le défaut principal de ce pays : ici, on est ce que l’on fait. Quand on ne fait plus rien, on n’est plus rien."

"Ne pas se sentir belle dans le regard de l'autre, ne plus avoir d'importance à ses yeux, être absente de sa lumière, est la plus certaine des fins."

"J’essaie juste de suivre ce conseil que donnait ma grand-mère : ne jamais s’endormir sans penser que demain tout ira mieux."

"On dit toujours que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, mais on devrait ajouter que ce qui nous mine quotidiennement finit par nous tuer !"

"Vous connaissez sûrement l'histoire extrêmement bourgeoise que l'on raconte sur la longévité des couples : c'est un petit vieux et une petite vieille de quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-huit ans qui demandent le divorce. Et l'avocat étonné leur demande : " Pourquoi divorcer après tant d'années de vie commune ?" Le plus sérieusement du monde, ils répondent : " On attendaient que les enfants soient morts." C'est terrible, dis-je tout en riant. Oui, c'est effectivement ce qu'on pense quand on nous la raconte. Et elle fait plus ou moins rire selon les personnes. Mais notez tout ce qu'il y a d'espoir sur la vie qui reste. Et c'est cela, Marie, que dit cette histoire plus philosophique qu'il n'y paraît : à tout âge, quelles que soient les convenances stupides d'un environnement ou d'une morale, on a encore droit au bonheur quand on s'est trompé."

"Aimer, c'est ne rien exiger."

"Il m'a couverte, protégée. Je me suis sentie bien avec lui. Et je sais maintenant que ce que je ressens à son égard n'appartient pas à la sphère des sentiments amoureux, mais à celle de l'intimité."

"Ai-je été réellement trahie (...)? En quoi ? Trompée ? C'est un mot que je n'aime pas. Il ne correspond pas au plaisir d'être ensemble. Il me semble qu'il fait référence au moment où l'amant désaime et laisse place au propriétaire qui se fâche."



samedi 10 août 2019

"Le Livre des Baltimore" de Joël DICKER


Sitôt ouvert, vous ne pouvez plus le lâcher ! Je l'ai acheté après avoir lu "La vérité sur l'affaire Harry Québert" que j'avais vraiment aimé. Là, le suspens est comparable.

C'est l'histoire de la famille Goldman, celle qui vit à Montclair et celle qui réside à Baltimore.
La première est une famille toute simple et l'autre, une à qui tout réussit : "bénie des dieux". Puis soudain, c'est le drame...
Le récit est écrit par le fils Goldman de Montclair qui voue un amour et une admiration sans bornes aux Baltimore. Les relations se nouent, s'intensifient avec le temps et nos nerfs sont mis à rude épreuve. Qu'a-t-il bien pu se passer ?
Génial !

Quelques morceaux choisis :

"Ne nous abaissons pas à fréquenter la médiocrité, car c'est une maladie contagieuse."

"En même temps qu'elle avait mis des étoiles dans ma vie, elle avait instillé une inquiétude : celle de la perdre."

"Dans vingt ans, les gens ne liront plus. C'est comme ça. Ils seront trop occupés à faire les zozos sur leurs téléphones portables. Vous savez Goldman, l'édition c'est fini. Les enfants de vos enfants 
regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des Égyptiens. Ils vous diront : "Grand-père, à quoi servaient les livres?" Et vous leur répondrez : " A rêver. Ou à couper les arbres, je ne sais plus." A ce moment-là, il sera trop tard pour se réveiller : la débilité de l'humanité aura atteint son seuil critique et nous nous entretuerons à cause de notre bêtise congénitale (ce qui d'ailleurs est déjà plus ou moins le cas)."

"Il y a eu une époque où les vedettes de l'Amérique étaient des cosmonautes et des scientifiques. Aujourd'hui, nos vedettes sont des gens qui ne font rien et passent leur temps à se photographier, eux-mêmes ou leur assiette."

"Beaucoup d'entre nous cherchons à donner un sens à nos vies, mais nos vies n'ont de sens que si nous sommes capables d'accomplir ces trois destinées : aimer, être aimer et savoir pardonner. Le reste n'est que du temps perdu."

"Les regrets sont un concept que je n'aime pas : ils signifient que nous n'assumons pas ce que nous avons été."

"La passion n'a rien à voir avec l'amour. La passion est un no man's land, une zone de guerre bombardée, située quelque part entre la douleur, la folie et la mort."





lundi 5 août 2019

"Alors vous ne serez plus jamais triste" de Baptiste BEAULIEU


Un médecin quadragénaire, inconsolable depuis la mort de sa femme décide de mettre fin à ses jours. Mais il rencontre une vieille dame un peu excentrique qui va essayer de l'en dissuader.
L'intérêt de l'histoire n'est pas vraiment dans le fait de savoir si elle réussira ou non mais dans la relation qu'ils vont nouer pendant le laps de temps qu'elle a réussi à lui soutirer.

Un formidable roman plein de poésie, de vérités, de philosophie, d'optimisme et surtout d'humour !

Quelques morceaux de mon choix :

"La Lune continue-t-elle d'exister quand je ne la regarde pas?

"-Et j'ai des mouchoirs , si vous voulez pleurer.
- Il en faudrait trop.
- J'ai une serviette dans le coffre, elle servait pour les chiens.
- Ils pleuraient ?
- Non, ils empestaient ! Imaginez deux gros labradors fous et excessifs, ajouta la vieille dame. Un jour, j'ai lancé un morceau de bois, ils m'ont rapporté un arbre !"

"Ce n'est pas une fois qu'on a fait dans son pantalon qu'il faut serrer les fesses !"

"Tous les silences ne font pas le même bruit."

"La magie existe, il faut la faire soi-même. Heureusement, la poésie aide beaucoup."

"Ne craignez pas la tristesse, mon petit, elle est la trace éclatante que quelque chose de beau a existé!"

"-Tous les médecins ont un costume : ça nous est livré en même temps que le stéthoscope, la condescendance et l'écriture hiéroglyphique."

"Il aurait pu parler des mille et une autres choses qu’elle ne ferait plus, mais le silence, c’était déjà la mort, alors il ne parlait pas beaucoup. Se taire était une diagonale tendue vers elle."

"La solution contre le racisme, c'est le panda, affirma-t-elle sans aucune transition. Imaginez les hommes transformés en panda... Nous serons tous gros, noirs, blancs et asiatiques. Imparable."


dimanche 16 juin 2019

"Cadres noirs" de Pierre LEMAITRE



Encore un roman sociétal haletant et machiavélique de Pierre Lemaître.

C'est l'histoire d'un cadre de 57 ans qui est au chomage depuis 4 ans et qui voit sa vie décliner. Il est prêt à tout pour retrouver une situation quitte à faire de petits boulots où il est maltraité.
Finalement un homme le contacte et lui propose une sorte de jeu (une fausse prise d'otages) où il sera en compétition avec d'autres prétendants au poste.

"Depuis quatre ans qu'on se connait, forcément, je considère mon conseiller du Pôle emploi comme l'un de mes proches. Il m'a dit récemment, avec une sorte d'admiration dans la voix, que j'étais un exemple. Ce qu'il veut dire, c'est que j'ai renoncé à l'idée de trouver du travail, mais que je n'ai pas renoncé à en chercher."

"Je mesure mon utilité sociale au nombre de mails que je reçois. Au début, d’anciens collègues de chez Bercaud m’envoyaient des petits mots auxquels je répondais tout de suite. On papotait. Et puis, je me suis rendu compte que les seuls qui m’écrivaient encore étaient ceux qui s’étaient fait virer. Des copains de promo en quelque sorte. J’ai arrêté de répondre. Ils ont arrêté d’écrire. D’ailleurs, globalement, tout s’est raréfié autour de nous. (…) Les gens se sont peut-être un peu fatigués de nous. Et nous d’eux. Quand on n’a pas les mêmes soucis, on n’a pas les mêmes plaisirs."

"On dit qu'il est SDF pour faire court mais en fait il a un domicile.Et sacrément fixe.Il vit dans sa voiture, elle ne roule plus depuis cinq ans.Il dit que c'est son "immobile home", c'est son genre d'humour, à Charles."

"On connaît le principe : le marketing consiste à vendre des choses à des gens qui n'en veulent pas, le management, à maintenir opérationnels des cadres qui n'en peuvent plus."

"Quand le bûcheron entre dans la forêt avec sa hache sur l'épaule, les arbres disent : le manche est des nôtres."