Affichage des articles dont le libellé est lecture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est lecture. Afficher tous les articles

dimanche 26 avril 2020

"Miroir de nos peines " de Pierre Lemaitre


"Miroir de nos peines" est le dernier opus de la trilogie "Les enfants du désastre". Ce dernier roman, comme les deux autres, on le lâche avec peine. Il se passe pendant l'exode du début de la seconde guerre mondiale.
Il s'ouvre, comme les deux autres sur un drame qui va entraîner inéluctablement la rencontre de chacun des personnages. On le sait maintenant, c'est comme ça qu'il procède Lemaitre. Alors, on échafaude, on imagine quels pourraient être les liens qui vont se tisser entre ces héros du quotidien qui n'ont rien a priori en commun ?
Un seul regret : c'est le dernier d'un trilogie. On ne retrouvera plus ces histoires de personnages attachants perdus dans l'histoire de France. 

Quelques passages retenus : 

"Alors, jeune homme, comment voyez-vous votre travail dans ce service ?
-A, E, I, O, U" avait répondu Désiré.
Le sous-directeur, qui connaissait son alphabet, se contenta d'un regard interrogatif. Désiré reprit :
"Analyser, Enregistrer, Influencer, Observer, Utiliser. Dans l'ordre chronologique : j'Observe, j'Enregistre, j'Analyse, et j'Utilise pour Influencer. Influencer le moral des Français. Pour qu'il soit au plus haut."

"L'hospice des enfants assistés était situé au, 100 rue d'Enfer, on se demande parfois où l'administration a la tête."

"Le crépuscule qui en faisait souvent trop, donnait à cet instant une gravité poignante."

"Ce n'était pas un non catégorique, ça ressemblait plutôt à un oui conditionnel."

"Louise soupira, il était comme ça, bourru au-delà du raisonnable, rien à faire, ça n'était pas une guerre mondiale qui le ferait changer. "

"C'étaient les grosses larmes d'un gros homme au coeur lourd."

"J'étais un gros tu comprends. C'est très spécial, les gros. On adore se confier à eux, mais c'est jamais d'eux qu'on tombe amoureux."

"Quitte à me damner, autant que ce soit dans vos bras."

"En attendant de mourir pour la patrie, il s'emmerdait."

"La pente de la confidence n'était pas naturelle à Raoul et évoquer ce courrier, c'était parler de son contenu. Il n'aimait pas cela. Il y a des enfants que les coups, les sévices, les malheurs rendent peureux puis lâches. Ils avaient, à l'inverse, renforcé le caractère de Raoul, faisant de lui un être résistant jusqu'à la provocation et barricadé entre les atermoiements et les épanchements. Mais cette lettre, comme tombée du ciel, avait créé en lui une sorte de précipité chimique qui le remuait jusqu'à l'âme, l'effet de ce mystère l'agitait, des révélations l'attendaient quelque part sur sa mère, sa véritable mère, et c'était quelque chose à quoi il n'était pas préparé. N'avoir pas de mère, on s'y fait, surtout quand on en a une de substitution que l'on peut haïr. Mais il s'était toujours défendu de penser à l'autre, la vraie, celle qui l'avait... selon les périodes, selon les âges, il disait "abandonné" ou "perdu" ou "protégé" ou "vendu", les versions étaient nombreuses. "

"La misère est une institutrice infaillible."

"Il appert (si on n'utilise pas ce genre de verbe à la fin d'un roman, quand le fera-t-on?) des rares études universitaires qui se sont intéressées à lui, que la période 1940-1945 est (je cite) "le seul îlot de certitude" que l'on puisse avoir à son sujet."




dimanche 19 avril 2020

"Couleurs de l'incendie" par Pierre Lemaitre


Jubilatoire !

Un roman écrit à la Dumas façon "Le Comte de Monte-Cristo". Pierre Lemaitre signe là le deuxième volet "Des Enfants du désastre". Cependant, on peut tout à fait lire "Couleurs de l'incendie" sans avoir lu "Au revoir là-haut" même si c'est dommage de se passer de ce roman incomparable. (magistralement réalisé par Albert Dupontel au cinéma.)

Bref, Madeleine est devenue malgré elle héritière de l'empire financier des Péricourt. A la suite d'un événement cruel et complètement inattendu, elle se retrouve ruinée. A partir de là, elle n'aura de cesse de se venger de ceux qui l'ont spoliée, abusée, prise pour une idiote. L'histoire se passe au moment de la crise de 29 et sur les fondations de la seconde guerre mondiale. 
Vite ! Le troisième volet  !

Quelques phrases que j'ai aimées, souvent drôles parfois grinçantes juste belles comme il y en a tant chez Lemaitre : 

"Il pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets."

"On commencerait à maudire le mort s'il tardait encore à sortir."

"On avait hâte que les choses reprennent leur cours normal d'obsèques officielles, c'est à dire anecdotiques."

"Il pensait qu'Hortense n'aimait pas assez les hommes pour faire des garçons. Il avait deux filles montées en graines, aux jambes maigres, aux genoux cagneux et à l'acné épanouie, qui pouffaient de rire en permanence, ce qui les contraignait à masquer avec la main la denture épouvantable qui faisait le désespoir de leurs parents ; on aurait dit qu'à la naissance un dieu démoralisé avait balancé à chacune une poignée de dents dans la bouche, les dentistes étaient consternés ; sauf à tout éradiquer et à leur poser un râtelier dès la fin de leur croissance, elles étaient promises à vivre derrière un éventail toute leur vie."

"Il n'avait strictement aucune qualité politique, sa mission consistait uniquement à complaire aux électeurs. Davantage par intuition que par réflexion, il avait choisi un domaine extrêmement populaire, susceptible de rassembler très au-delà de son camp, de satisfaire les riches comme les pauvres, les conservateurs comme les libéraux : la lutte contre l'impôt."

"On peut faire souffrir quelqu'un qu'on aime, mais quelqu'un qu'on n'aime pas... non ! C'est bas."

"Un enfant, disait-il, est un bloc de pierre dont l'enseignai est le sculpteur."

"Cette femme brève de seins, de fesses et d'esprit considérait Charles comme un être prodigieux."

"Ce jeune homme disposait (...) des deux qualités indispensables au métier de journaliste : être capable de discourir sur un sujet auquel on ne connaît rien et décrire un événement auquel on n'a pas assisté."

"Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands quand les circonstances s'y prêtent."

"Elle se concentrait des heures sur des détails secondaires, sur le Titanic, elle aurait commencé à repeindre les transats.

"Faire fortune avait été épuisant mais rien n'était aussi épuisant que de faire faillite."



samedi 11 avril 2020

"La Part des flammes" de Gaëlle Nohant et "D'un Gisant l'autre" de Valérie Montalbetti-Kervella



Un fabuleux roman qui allie à la perfection le réel et l'imaginaire à cette époque que j'apprécie beaucoup le XIXe siècle.
A l'instar de Bernard Prou et de son "Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse de la vie du fils de Maupassant", Gaëlle Nohant nous plonge dans ce Paris de mai 1897 au moment du tristement célèbre incendie du Bazar de la Charité et nous permet de côtoyer des personnages aussi bien réels que fictifs. Mais rien ne nous permet de faire la part des choses. On ressort ainsi de notre lecture, avides de savoirs. Est-ce vrai ? Qu'est ce qui l'est ? Qu'est qui ne l'est pas ? On aimerait tellement croire à certaines vérités romanesques ! Et puis tous ces événement se passent en même temps que ce fléau du moment : la tuberculose. Ce n'est pas sans nous interpeler sur ce que nous vivons en ce moment : le covid 19.

Depuis petite, comme beaucoup d'entre nous du reste, j'ai admiré Sissi : cette princesse de Bavière au coeur simple et tendre. Alors forcément, quand à Dreux on a le gisant (que dis-je ? Les gisants !) de sa soeur Sophie, Duchesse d'Alençon qui a péri lors du l'incendie du Bazar de la Charité. On a envie d'en savoir davantage !
Quand en plus de cela, une amie s'intéresse d'un point de vue artistique aux dits gisants de la Duchesse et en fait un livre alors on est comble : "D'un Gisant l'autre" de Valérie Montalbetti-Kervella

Quelques belles phrases : 

"Sa bouche s'était imperceptiblement tendue comme pour accueillir un baiser, et il eut envie de lui donner ce baiser, d'entrer dans cette douceur, d'être l'inconsolable qui consolerait cette femme."

"J'y ai passé des heures inoubliables. Je n'y suis jamais retournée de peur d'abimer mes souvenirs."

"Son regard l'avait fait fondre comme les rayons d'une aube incendiée réveillent la forêt sous le givre."

"S'il était un bonheur possible sur cette terre, on ne pouvait y accéder qu'en laissant mourir certaines choses en soi."

"Elle en était venue à aimer sa souffrance physique parce qu'elle accaparait par moment toute l'attention de son cerveau, la délivrant d'un mal plus souterrain."

"Et Paris était cette ville bouillante et mortifère ou plus de deux millions d'êtres espéraient ne pas se réveiller un matin en toussant."

"Elle avait des morceaux brisés dans le coeur, les secouer était douloureux."

"Son mariage relevait donc d'une erreur d'aiguillage, il n'en avait été que le passager attendant de descendre en gare."

"Derrière l'appât charmant, il y avait tout le reste, le piège soyeux, la tyrannie de velours, et surtout, SURTOUT, l'ennui le plus profond."

"Il la fixa calmement, et leurs solitudes s'effleurèrent et se reconnurent."

"Le Paris des quartiers chics, celui qui s'amusait, dansait et aimait être effrayé et choqué et dont le principal souci était de tuer l'ennui, avait pris le deuil."




vendredi 27 mars 2020

"Né sous une bonne étoile" d'Aurélie Valognes


On a tous eu dans notre scolarité quelqu'un qui nous marqué...
Qu'on soit bon élève ou pas, en tout cas quelqu'un qui, à l'instar de John Keating dans "Le Cercle des poètes disparus", nous a montré une voie différente, qui nous a encouragés parfois à refuser l'ordre établi ou du moins qui nous a permis de nous révéler. Enfin, j'espère ! Finalement en écrivant ces lignes, je me rends compte que non, on n'a peut-être pas tous eu cette chance...

Je fais partie de ces privilégiées qui ont croisé la route d'une de ces personnes à différents moments de ma scolarité : Mme Fuschs, Mme Godard, Mme Dussaucy, Mme Dorison à Dreux M. Citi, M. Leuwers à Tours... Qu'ils en soient remerciés publiquement aujourd'hui. Ils n'ont peut-être pas été aussi spectaculaires que Keating mais leur bienveillance m'a permis d'avancer et d'être aussi qui je suis aujourd'hui.
J'essaie, à mon tour, avec mes élèves, d'être cette personne qui les éveillera voire les révèlera et surtout pas celle qui les diminuera et les dégoûtera à jamais de l'école comme certains profs de ce livre et de la vraie vie.

C'est l'histoire de Gustave, il est en primaire et a beaucoup de difficultés. C'est d'autant plus difficile pour lui que sa grande soeur est brillante et qu'il passe.. après.
Bien sûr, à force d'être perçu et traité comme un mauvais élève, Gustave perd le peu de confiance qu'il avait en lui et finit pas s'en convaincre qu'il est un cancre.

Un livre à conseiller à tous les dys, comme on les appelle : dyslexiques, dyspraxiques... Une lueur d'espoir ! Il existe des Mme Bergamote !!

J'ai un peu moins aimé qu' "Au petit bonheur la chance!" mais je suis certaine qu'il va parler à bon nombre d'entre vous.

De jolies phrases qui résonnent :

"Aujourd'hui, elle préférait revêtir l'uniforme "jean sweat baskets" pour avoir la paix.

"Ce n'est pas normal d'aller à l'école avec la boule au ventre, de faire semblant d'être plus bête que l'on est, juste pour ne pas froisser la médiocrité et le manque d'intelligence certains."

"Quel que soit votre rêve, visez plus haut !"

"Cela faisait plus de 10 ans qu'elle enseignait et pour la première fois elle remarquait que dans "enseigne", il y avait "saigne".  Est-ce fait exprès ?"

"Il était de ces instituteurs chez qui la promesse d'un déodorant 48h paraissait un minimum."

"Je t'aime bien. Tant pis pour toi !"

"Les légumes cramés au fond de la cocotte, c'était le goût des plats concoctés avec amour."

"L'enfance c'est faire des bêtises. Écrire, c'est continuer à en faire."










mercredi 4 mars 2020

"Et toujours les forêts" de Sandrine Collette


Les forêts ! Thème du moment s'il en est... J'ai quitté à regrets "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson pour vite commencer "Et toujours les forêts" de Sandrine Collette. En effet, elle nous a fait l'honneur de sa visite dans notre jolie librairie du Centre Ville de Dreux : La Rose des Vents, pour un entretien public suivi d'une séance de dédicaces. Je me devais de lire ou du moins de commencer son dernier roman que j'ai terminé depuis !

La question c'est : comment une personne qui a l'air si affable, sympathique et j'ai envie de dire "normal" peut écrire de telles histoires ? Ceux qui ont lu "La dernière vague", "Il reste la poussière"... me comprennent ! Des drames, de l'horreur quotidienne poussée à son paroxysme, des histoires qui nous marquent à jamais. 

"Et toujours les forêts" est un roman post-apocalyptique un peu à la façon de "La route" de Cormac McCarthy. L'histoire commence avec l'arrivée du personnage principal, Corentin que sa mère ne veut pas mettre au monde et s'échine à "faire passer. Le pauvre ! Sa vie commence très mal mais bien que bringuebalé de familles d'accueil en amies de sa mère, il finit presque par avoir une vie "normale" auprès d'une vieille dame, Augustine, au coeur de la forêt et même aller faire ses études à la grande ville. 
Quand soudain la catastrophe arrive et le monde que l'on connaît n'est plus... Je n'en dis pas plus car je déteste que l'on déflore les histoires. 

Un roman noir sur la résilience, l'écologie, l'environnement, la relation homme-chien; les relations humaines au sens très large, l'enfance. 
Un roman intense qui fait parfois battre le coeur beaucoup plus vite et qui, une fois de plus, nous laisse pantois presque hagards. 



Quelques passages... 

"Il savait que c'était à cause de lui, tout ça. C'était son lot, le malheur. sa mère le disait en se penchant sur lui. 
J'ai jamais eu que la poisse avec toi."

"Lui, il pleurait parce que sa mère était revenue. Pendant longtemps pourtant, il en avait rêvé. Les rêves, c'est rien que des mensonges."

"Ils plantèrent des capucines là où ils avaient enterré le chat."

"Chaque semaine, à la télévision, il entendait les mots : réchauffement climatique, deux degrés, trois degrés, danger. Cela ne signifiait rien pour lui. Chaud et sec. Les vieux d'ici parlaient de l'été 1976, ils en avaient connu d'autres. C'était la nature, voilà. des choses avaient changé, bien sûr : l'été précédent, il y avait eu de mantes religieuses dans les jardins. On n'en avait jamais vu, d'ordinaire elles vivaient quatre cents kilomètres plus au Sud. Elles étaient remontées, c'était un signe. Mais les choses changeaient toujours ; c'était cela aussi, la vie. "

"Les hommes étaient intrinsèquement des meurtriers. Ils puaient la mort. Aussi stupides que les cellules cancéreuses détruisant les corps qui les abritent, jusqu'à claquer avec eux. Tuer et être tués. Insensés."

"À présent, il était en charge des autres-de tous les autres. Il n'y aurait plus personne avec qui partager, plus personne pour prendre une partie du fardeau. Plus de conseils, plus de vieille main sur son épaule pour dire qu'il devait aller de l'avant, qu'il devait cesser de réfléchir. Juste de toutes petites mains minuscules et maladroites, qu'il devait tenir jusqu'à ce qu'elle aillent seules, et qu'elles s'agitent pour dire au revoir, puisque les enfants partent toujours- Mais Augustine l'avait dit, il fallait arrêter de tourner en rond, arrêter de penser, c'était comme les regrets, cela ne servait à rien. Mais c'était si difficile. "

"Jamais il ne leur expliqua que l'ennui était un flamboiement, car jamais les enfants ne s'ennuyèrent. Ils avaient perçu l'exhalation de l'imagination, la capacité de faire un monde qui n'existait que dans leur tête, mais auquel leur tête donnait vie cependant."

"Personne ne savait pourquoi ceux-là allaient tuer. Leurs cerveaux étaient devenus fous, seule la mort existait dans leurs veines. "

"Il comprenait ces gens que des ouragans ou des raz-de-marée menacent, et qui refusent de partir."



vendredi 21 février 2020

"La Petite Communiste qui ne souriait jamais" de Lola Lafon


Nadia Comaneci a fasciné toute une génération, moi comprise. Comment oublier les fois où l'on s'est entraîné à exécuter la "sortie Comaneci" aux barres asymétriques ?
Qui ne se souvient pas de ces JO de 1976, de sa grâce et de son talent ? Puis de toutes ces "histoires" autour de son nom et de la famille Ceausescu.

Lola Lafon nous permet de revenir en Roumanie à cette époque de guerre froide et d'essayer de voir plus clair dans cette vie de championne, icône de toute une génération. Le portait d'un gymnaste autant que d'un pays.

Quelques passages qui font réfléchir : 

"...Elle ne sculpte pas l'espace, elle est l'espace, elle ne transmet pas l'émotion, elle est l'émotion."

"Le dernier qui quitte le pays, éteint la lumière en sortant."

"On me montrait une affichette annonçant un rassemblement hommage à la révolution de 1989.
"En 1989, ont-ils donné leur vie pour que nous ayions plus de Coca-Cola et de McDonald's ? Ont-ils donné leur vie pour que nous devenions esclaves du FMI ? Sont-ils morts pour que nous nous enfuyions toujours plus loin de cette Roumanie qui ne peut nous offrir une vie décente ? Morts pour que des milliers de personnes âgées dorment dehors et meurent de froid ? Sont-ils morts pour que cette église orthodoxe soit cette affaire prospère qui ne paie aucun impôt à l'état ? En 1989, ils ont donné leur vie pour notre liberté.  Ce fut leur cadeau de Noël. Qu'avons-nous fait de cette liberté ? Est-elle rangée dans une cave ou la suivons-nous d'un oeil distrait comme une vieille émission télévisée ? ""

"Béla m'a appris à faire du ski, Béla m'a appris à nager, à l'étranger il y avait des choses à visiter, il nous y emmenait, il voulait qu'on s'éduque. Il faisait le guide touristique! C'était bien plus qu'un simple entraîneur... 
-Un coach ?
-Un père. Quel dommage qu'il ait été acheté par les Américains... Aujourd'hui on n'a plus les moyens d'avoir des championnes., les fonds privés ne souhaitent pas investir. On n'a plus d'entraîneur, plus de matériel médical qui permette de détecter et de soigner rapidement les blessées comme on avait avant...Et puis, qui de nos jours ferait tant de sacrifices pour pas grand chose, finalement ?  Notre championne d'Europe en 2004 a été obligée de vendre ses médailles , dans un show télévisé, tout ça pour s'offrir un studio minuscule, d'autres ont posé dans Playboy... Les filles aujourd'hui rêvent d'être top-models. Nous on voulait être imbattables. Tout a changé à la chute du Mur même pour les gymnastes. Aujourd'hui, elles doivent être maquillées en compétition, même à 10 ans. Paillettes, rouge à lèvres, et leurs lycras sont échancrés, plus... sexys. Vous vous souvenez des nôtres ? Pas le même style n'est-ce pas ?"

"On ne pouvait pas être jalouses d'elle, ce qu'elle faisait était trop... loin du possible. Nous étions un brouillon de Nadia. J'ai lu tant de portraits d'elle qui se focalisent sur ses résultats, mais n'importe qu'elle autre sportive désire gagner ! Elle, comment dire ça... elle aimait gagner.. du terrain sur...Nous sommes toutes des brouillons d'elle et je ne parle pas des médailles... "

"On était tellement sûrs que ça ne changerait jamais qu'on s'organisait pour durer, on avait cette vigilance intérieure, pas un instant on n'oublia que ce qu'on nous faisait réciter était faux. Du coup, on se sauvegardait une vie en dehors de l'État. Le communisme ? Mais personne n'y croyait, enfin, pas même les sécuristes. Alors que maintenant... Ils y croient ! Ils en veulent ! Ils sont prêts à tout pour rentrer dans votre Union Européenne, à genoux devant le St Libéral, ils sortent du boulot à 23h, tout ça pourquoi ? Je ne suis pas partie en vacances depuis 6 ans ! Mes parents eux, sous Ceausescu, allaient à la mer et à la montagne, au restaurant, au concert, au cirque, au cinéma, au théâtre? Tout le monde gagnait plus ou moins la même chose. Les prix n'augmentaient presque pas ! Ils avaient constamment peur, c'est vrai, peur qu'on ne les entende dire des choses interdites, aujourd'hui, on peut tout dire, félicitations, seulement personne ne nous entend... Avant on n'avait pas l'autorisation de sortir de Roumanie, mais aujourd'hui, personne n'a les moyens de quitter le pays.... Ah, la censure politique est terminée, mais pas de souci, elle a été remplacée par la censure économique ! Avec ce régime pseudo-libéral qui fait mine de cajoler tandis qu'il empoisonne, on l'ingère parce qu'il n'a pas tout à fait le goût d'un ennemi, on finit par y croire, et à la fin, dans quel état ça vous laisse ? Vidée ! Le communisme a détruit le pays ? Mais aujourd'hui, des sociétés canadiennes chassent des habitants de leur village et s'apprêtent à faire exploser nos montagnes pour explorer les gisements de gaz de schiste, avec la bénédiction du gouvernement roumain, un sacré contrat !"



samedi 11 janvier 2020

"Le reste de leur vie" de Jean-Paul Didierlaurent



On pourrait penser que je ne fais pas dans la littérature légère en ce moment... Après "Changer l'eau des fleurs" sur une garde-cimetière, voici "Le Reste de leur vie" sur un thanatopracteur, une grand-mère, une auxiliaire de vie et un vieillard malade ! Et pourtant, rien de morbide ! Plutôt un étonnant road trip poétique qui fait aimer la vie et ses petits plaisirs. A lire absolument !

Quelques jolis passages ; 

"L'homme avait une tête de bon vivant. Il allait falloir être sur ses gardes. Pour l'avoir constaté à maintes reprises, les bons vivants faisaient souvent de mauvais morts."

"L'ennui peut être une souffrance, vous savez. Ça s'installe sournoisement avant de venir hanter vos jours et vos nuits comme une douleur sourde. Ça vous lance par moments à vous faire pleurer avant de refluer, ça va ça vient, mais au final, vous êtes obligé de faire avec parce que l'ennui à quatre-vingt-quatorze ans n'est pas le même que lorsqu'on en a vingt. Il a de la place pour s'installer, se faufile entre nos souvenirs et nos regrets, remplit les vides. C'est une noyade qui ne prend fin qu'avec le dernier souffle."

"Tandis que la pluie redoublait de violence, la jeune femme se promit qu'à défaut d'avoir su donner la vie, elle allait tout faire pour essayer de repousser la mort."

"L'amour c'est comme les bonbons. Ce n'est pas en les regardant qu'on les apprécie."

"Le pilulier semainier est l'agenda des vieux."







mercredi 13 novembre 2019

"Le roman vrai d'Alexandre" par Alexandre Jardin



Ah ! Enfin ! On m'avait dit VRAI ! Finis les mensonges, les fausses amours... Alexandre Jardin se livre, se met à nu au risque de surprendre, de décevoir pourquoi pas ?
Et bien, je le préfère ainsi. 
Il retrace sa vie depuis sa prime enfance, ses amours, sa famille et raconte comment il a commencé à écrire la vie qu'il aurait aimé vivre plutôt que de la vivre. Une sorte de dédoublement de personnalité incarnée dans ses livres et sur les plateaux télé.

Le risque maintenant est d'imaginer que la vérité n'est plus. Ni avant ni maintenant. Il le dit lui-même d'ailleurs : Est-ce que ce roman biographique n'est pas un coup de com. ? C'est le risque qu'il a pris. J'espère pour lui qu'il va pouvoir maintenant se libérer des vieux démons qu'il a décrits dans son "Roman vrai" et renaître de ses cendres. 

Quelques morceaux choisis : 

"Mais je suis trop papa et trop au bout de mes ruses pour continuer ma route sur la ligne de crête du chiqué littéraire.
Et puis je sais qu'un vrai livre doit être un risque inconsidéré : quelque chose entre la roulette russe, le blasphème et le banco. A chaque ouvrage, ne faut-il pas s'interdire de vieillir ? Et redémarrer en roue arrière ?"

"A mort ! ce bateleur qui fit de moi un autre que moi, une sorte d'étranger superposé à ma vérité. Je vomis le réjoui si triste que j'ai soutenu à toute force. Viennent les jours légers de l'abandon de toute comédie.
Même s'il faut pour cela, ébrécher la statue et avouer mille contrefaçons ! Alexandre le Petit est mort! Vive Alexandre le Grand -celui qui justement n'a rien de grand. aujourd'hui j'ai rendez-vous avec l'homme ordinaire que je n'aurais jamais dû cesser d'être.
Désormais,  je m'apprête à devenir un auteur qui tentera une tout autre littérature, remueuse de réel, interpelante et entichée de la vérité brute des gens, aux antipodes de la précédente, si éloignée des réalités acides de notre quotidien. "

"Exilé en Irlande, dès le lendemain des obsèques de mon père, je me mets aussitôt à exécuter des croquis littéraires de l'absent. J'ai une douleur drue. Au moment où le magicien me lâche, je tente de l'enclore dans des notes pour qu'il ne tombe pas dans une trappe d'oubli.
Pour la première fois, écrire me sauve de justesse de la noyade. Son odeur s'évapore de ses pull-overs que j'ai emportés dans mon sac de voyage et que je respire chaque soir. S'il existe un substitut à l'amour, c'est bien la mémoire. Graver le passé rétablit des bribes de l'intimité."

"-si le sort avait eu du talent-Un rêve presque littéraire au secours d'une vie que je ne sais plus vivre."

"Me voici de retour dans une vie invivable, occupée par une absence."

"Ce n'est qu'un quart de siècle après avoir appris son décès légal que je suis devenu vraiment orphelin de père.  Le manque ne se révèle insoutenable qu'avec les années."

"Fragiles, les êtres évidés se remplissent du regard des autres."

"Cette tribu ne portait pas de nom, n'avait pas de territoire ni d'autre doctrine que la joie d'oser vivre sa vie. Il suffisait d'être anormalement authentique pour savoir qu'on en faisait partie."

"Aujourd'hui, je cuve parfois ta mort. Ton hospitalité nomade me manque comme le grand air frais de ta liberté. J'ai été si présent en face de toi."


"Soif" d'Amélie Nothomb


Le paradoxe "aime ton prochain comme toi-même", être omniscient et se laisser crucifier a toujours été sujet de questionnement pour Amélie Nothomb depuis qu'elle est toute petite. 
"Soif" est le sujet de ce questionnement en faisant parler Jésus depuis le moment de son jugement par Ponce Pilate jusqu'à sa résurrection.

Toujours impertinente mais jamais irrespectueuse, Amélie Nothomb nous fait entrer dans la tête d'un Jésus très humain et incarné, pas juste un esprit mais aussi un corps. 

"Pour éprouver de la soif, il faut être vivant. On n'apprend des vérités si fortes qu'en ayant soif, qu'en éprouvant l'amour et en mourant."

Il ne faut pas forcément être croyant pour lire ce 28e roman. Elle se désigne elle-même comme "croyante instransitive". J'ai dévoré ce livre ! J'ai lu et admiré ce Jésus éloigné du dogme, du cathéchisme et proche de l'idée qu'on se fait de l'incarnation que l'on a de lui quand on est enfant. 

Quelques moments forts : 

"Par exemple, il ne parvenait pas à différencier le mensonge du secret."

"Mon Père a créé une drôle d'espèce : soit des salauds qui ont des opinions, soit des âmes généreuses qui ne pensent pas."

"C'est à cela que l'on sait si l'on est amoureux : à ce que l'on ne choisit pas. Les êtres qui ont un ego trop gros ne tombent pas amoureux parce qu'ils ne supportent pas de ne pas choisir. Ils s'éprennent d'une personne qu'ils ont sélectionnée : ce n'est pas de l'amour."

"Et puis tu m'as regardé et cela a empiré : je ne savais pas qu'on pouvait regarder comme cela. Quand tu me regardes, j'ai du mal à respirer."

"L'amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d'être aimé autant qu'on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante. Chercher à se débarrasser de ce versant dubitatif en posant mille questions à l'aimée, c'est nier la nature radicalement ambiguë de l'amour.""

"On dit que l'amour aveugle. J'ai constaté le contraire. L'amour universel est un acte de générosité qui suppose une lucidité douloureuse. Quant à l'état amoureux, il ouvre les yeux sur des splendeurs invisibles à l'oeil nu."

"Grâce à elle j'ai su que dormir était un acte d'amour. Quand nous dormions ainsi, nos âmes se mêlaient davantage encore qu'en faisant l'amour. C'était une longue disparition qui nous emportait ensemble."

"Tentez cette expérience : après avoir durablement crevé de soif, ne buvez pas le gobelet d'eau d'un trait. Prenez une seule gorgée, garez-la en bouche avant de l'avaler. Mesurez cet émerveillement. Cet éblouissement, c'est Dieu."

"Il y a des verbes que je fuis, comme préférer ou remplacer. On n'imagine pas combien ces verbes s'équivalent. J'ai vu des gens se battre pour être des préférés sans se rendre compte que ça les rendait remplaçables."

"Il s'est passé du temps avant que je me retrouve dans l'eau. J'ai adoré cette exaltation. Il faut que j'obtienne ce vide dans ma tête. Créer du rien là où sévit le vacarme. Ce qu'on appelle pompeusement "pensée" n'est jamais qu'un acouphène. J'y suis. Je me pardonne."

"Le rapport est à ce point inversé que ma mère devient mon orpheline. Quoiqu'il en soit les représentations de la mater dolorosa sont toujours des hymnes à l'amour. La mère reçoit le corps de son enfant avec d'autant plus d'ivresse que c'est la dernière fois. Elle pourra se recueillir chaque jour sur sa tombe, elle sait que rien ne vaut l'étreinte : oui, même avec un corps mort, tout l'amour du monde ne s'exprime jamais aussi bien que par l'embrassement."

"Si vous aimez vos morts, faites-leur confiance au point d'aimer leur silence."

"Il faut accepter ce mystère : vous ne pouvez pas concevoir ce que les autres voient dans votre visage. Il y a une contrepartie aussi mystérieuse : je me regarde dans le miroir. Ce que je vois dans mon visage, personne ne peut le savoir. Cela s'appelle la solitude. "


samedi 12 octobre 2019

"Dans les angles morts" d’Elisabeth Brundage

Thriller psychologique captivant 👍Je recommande vivement. 

C’est l’histoire de deux familles qui ont habité successivement la même maison. Les premiers occupants s’y suicident laissant 3 orphelins. Les suivants la quittent après le meurtre sauvage de la femme. 
Les deux histoires sont intimement liées et le suspens est vraiment prenant.





samedi 31 août 2019

"Les Oubliés du dimanche" de Valérie Perrin



Un livre qui fait chaud au coeur comme un chat blotti contre soi.

C'est l'histoire de Justine, 21 ans, orpheline qui vit chez ses grands-parents avec son cousin suite au décès tragique de leurs parents. C'est une personne généreuse et patiente. Mais sa vie se résume à son travail. Elle se voit comme "une petite gonzesse mal coiffée qui remue du popotin le samedi soir au Paradis et pousse des chariot de désinfectants en tout genre".
Elle est aide soignante dans une maison de retraite et aime s'occuper de ces personnes âgées qui souvent se confient à elle. Notamment Hélène, une centenaire qui n'a jamais réussi à lire et qui lui raconte son histoire. Les souvenirs de l'une vont petit à petit révéler les non-dits de la famille de Justine.

Aucun atermoiement dans cette histoire, pas de pathos, juste de l'amour en barres. J'ai adoré !

Des extraits qui donnent envie :

" Mon amour,  la première fois que je t'ai embrassée, j'ai senti un battement d'ailes contre ma bouche. J'ai d'abord cru qu'un oiseau se débattait sous tes lèvres, que ton baiser ne voulait pas du mien.Mais quand ta langue est venue chercher la mienne, l'oiseau s'est mis à jouer avec nos souffle, c'était comme si on se le renvoyait de l'un à l'autre."

"Il faut écouter dans l'urgence car le silence n'est jamais loin."

"Quand on est petit, tous les grands sont des vieux."

"Nous avons tous deux vies. Une vie où l'on dit ce que l'on pensait une vie où on la ferme.Une vie où les mots passent sous silence."

"Dans sa famille, on ne se suicide pas. On vit dans le passé ou on allume la télé."

"On a forcément envie de vivre avec quelqu'un qui vous regarde."

"Mes souvenirs ont perdu la mémoire."

"L'amour ne supporte aucune explication."

"Mais n'empêche que quand j'ai un coup de blues, je prie pour que la vie m'apporte un parasol comme le sien.Son parasol s'appelle Lucien, c'était son mari."


vendredi 23 août 2019

Mademoiselle Liberté d'Alexandre Jardin


Je me suis laissée tenter par une amie (Carine) qui me l'a prêté suite à une publication d'un extrait qui m'avait plu. Malheureusement, ce roman n'est, pour moi, qu'un nouveau remake de "Fanfan", du "Zèbre"... Même si j'ai aimé retrouver son style, c'est un énième livre sur l'amour parfait terni par le quotidien et comment le garder idéal à l'aide d'artifices usagés voire outrés. 
Ses exubérances ne me font plus rire, pire me fatiguent. 
Je vais lire le dernier qui vient de sortir et qui semble être complètement différent ! Chiche ?

Quelques bons passages quand même : 

"La vie n'a pas le droit d'être décevante."

"Le passé n'est qu'un essai. Il ne tient qu'à nous de le retoucher pour le rendre admissible. Les souvenirs ne décèdent que lorsqu'ils n'ont plus d'avenir."

"Au fond, un grand amour c'est une habitude dont on raffole. Un accident régulièrement sublime."

"Quand le monde est veule, le courage devient une tare, la grandeur une bassesse."

"Plus enclin à fréquenter les poètes salaces que les amantes de chair, il ne devait connaître du sexe féminin que ce qu'en rapportent les pornographes désuets, les plumitifs spermeux, ceux qui jouissent au subjonctif sous des couvertures en cuir relié."

"Son esprit se réfugia dans sa peau."

Les Cendres d'Angela de Franck McCourt


Une plongée dans l'Irlande des années 30, ce récit autobiographique vous fait relativer tous vos petits malheurs. Une enfance terrible racontée sans filtre, sans rancoeur avec la sincérité et l'innocence des enfants qui ne comprennent pas tout.  
Extrêmement émouvant ! Merci Luce pour ce partage.

Quelques passages saisissants :

"Quand je revois mon enfance, le seul fait d'avoir survécu m'étonne. Ce fut, bien sûr, une enfance misérable : l'enfance heureuse vaut rarement qu'on s'y arrête. Pire que l'enfance misérable ordinaire, est l'enfance misérable en Irlande. Et pire encore est l'enfance en Irlande catholique."

"Le maître dit que c'est chose glorieuse de mourir pour la foi, Papa dit que c'est chose glorieuse de mourir pour l'Irlande, et je me demande s'il y a quelqu'un au monde qui aimerait que nous vivions."

"Aimez-la comme quand vous étiez enfant
Même si la voilà faible, âgée, le cheveu grisonnant.
Car jamais ne vous manque l'amour d'une mère
Tant qu'elle n'est pas portée en terre."

"Au cul, le Carême ! De quoi on va se priver quand on a le Carême toute l'année ?"

"C'est une mauvaise chose de mettre ainsi ma soeur et mes frères dans des caisses et j'aimerais bien pouvoir en parler à quelqu'un."

"Vous devez apprendre et étudier afin de vous faire vos propres idées sur l'histoire et tout le reste mais c'est impossible tant qu'on a l'esprit vide. Aussi, meublez votre esprit, meublez-le. C'est la maison qui abrite votre trésor et personne d'autre au monde ne peut s'immiscer à l'intérieur. Si vous gagnez aux courses hippiques et achetez une maison qui a besoin de mobilier, la replier-vous de babioles et de rossignols ? Votre esprit est votre maison et, si vous l'encombrez d'immondices rapportées des cinémas, il pourrira dans votre tête. Vous pouvez être pauvres, vos chaussures peuvent être en piteux état, mais votre esprit est un palais."




La Jeune Fille et la nuit de Guillaume Musso


Et voilà ! Le Musso de mon été ! Merci Sandrine pour le prêt ;)

Pour autant, ce dernier roman est différent de ceux que j'ai lus jusqu'alors. C'est un thriller, il m'a fait penser aux romans de Joël Dicker : je l'ai dégusté jusqu'à la dernière miette avec plaisir.
L'histoire se passe sur la côte d'Azur (on a oublié New York même si le héros revient des Etats Unis) lors d'une réunion d'anciens du lycée. Fanny, Thomas et Maxime, les meilleurs amis de Vinca, ne se sont pas revus depuis 20 ans, date à laquelle Vinca avait disparu mystérieusement...

Quelques jolies phrases :

"L’amour est tout ou il n’est rien. Seul comptait l’instant présent."

"Un moment, je m'étais fait croire que les livres pouvaient me guérir de ce sentiment d'abandon et d'apathie mais il ne faut pas trop en demander aux livres. Ils vous racontent des histoires, vous font vivre par procuration des bribes d'existence mais ils ne vous prendront jamais dans leurs bras pour vous consoler lorsque vous avez peur."

"Elle cita Stendhal et son processus de cristallisation amoureuse : « Au moment où vous commencez à vous occuper d’une femme, vous ne la voyez plus telle qu’elle est réellement, mais telle qu’il vous convient qu’elle soit. »"

"Tout le monde a trois vies : une vie publique, une vie privée et une vie secrète : Garcia Marquez"

"Pour moi, il représentait une nouvelle victime de la malédiction des gentils. Cette loi injuste, ce sale destin qui accablait certaines personnes un peu trop fragiles qui avaient comme seul tort d'essayer de bien se comporter avec les autres. Je ne savais plus qui avait prétendu que les hommes ne reçoivent du destin que ce qu'ils sont capables d'endurer, mais c'était faux. Le plus souvent le destin est un salopard pervers et vicieux qui prend son pied en broyant la vie des plus faibles alors que tant de connards mènent une existence longue et heureuse."

"Juillet 1988. L'été du Grand Bleu. [...]
"Il faut que j'aille voir." Ce moment où l'on comprend qu'il va plonger pour ne plus jamais remonter.
"Voir quoi ? Il n'y a rien à voir, Jacques, c'est noir et froid, rien d'autre ! Il n'y a personne. Et moi je suis là, je suis vivante, et j'existe !"
J'ai beau avoir plus de quarante ans, le truc me déchire le cœur chaque fois que j'y repense. Et aujourd'hui encore plus qu'avant."






La Ferme du bout du monde de Sarah Vaughan


Magnifique saga familiale qui se situe en Cornouailles. Cette ferme est un refuge pendant la guerre et un refuge psychologique pour Lucy qui retourne sur le lieu de son enfance après un choc amoureux. Un livre empreint de passions et de liberté. J'ai adoré !

Mes bon moments : 
"Du sable entre les orteils, c'est justement ça la vraie vie, non ? "

"Je n'arrête pas de me répéter le conseil de mamie. Elle m'a mise en garde contre les regrets, m'a dit qu'il ne fallait pas laisser passer les secondes chances. "

"La perte de l'amour peut se révéler si douloureuse... ça et s'interroger sur ce qui aurait pu advenir. Sans jamais avoir la chance de le découvrir... Tu n'as pas envie d'être rongée par le regret."

"Le passé est un autre pays."

"Un mariage ne peut être jugé que par ceux qui le vivent de l'intérieur. "

dimanche 11 août 2019

"La Vie d'une autre " de Frédérique DEGHELT


Après "La Grand-mère de Jade", "Libertango" et surtout "Les Brumes de l'apparence", je n'ai pas hésité à lire "La Vie d'une autre" et je ne suis pas déçue même si ce n'est pas mon préféré.
Encore un livre qu'on déguste jusqu'au bout avec gourmandise.

Imaginez ! Marie a 25 ans, elle vient de rencontrer son amoureux et commence un job. Et, elle se réveille 12 ans plus tard avec aucun souvenir de ce qui s'est passé dans l'entrefait !
L'angoisse !

C'est un roman poignant sur la vie en général et sur nos choix.

Quelques morceaux de... choix :

"Le chagrin est une blessure qui demande à saigner pour pouvoir guérir."

"J’expérimente le défaut principal de ce pays : ici, on est ce que l’on fait. Quand on ne fait plus rien, on n’est plus rien."

"Ne pas se sentir belle dans le regard de l'autre, ne plus avoir d'importance à ses yeux, être absente de sa lumière, est la plus certaine des fins."

"J’essaie juste de suivre ce conseil que donnait ma grand-mère : ne jamais s’endormir sans penser que demain tout ira mieux."

"On dit toujours que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, mais on devrait ajouter que ce qui nous mine quotidiennement finit par nous tuer !"

"Vous connaissez sûrement l'histoire extrêmement bourgeoise que l'on raconte sur la longévité des couples : c'est un petit vieux et une petite vieille de quatre-vingt-seize et quatre-vingt-dix-huit ans qui demandent le divorce. Et l'avocat étonné leur demande : " Pourquoi divorcer après tant d'années de vie commune ?" Le plus sérieusement du monde, ils répondent : " On attendaient que les enfants soient morts." C'est terrible, dis-je tout en riant. Oui, c'est effectivement ce qu'on pense quand on nous la raconte. Et elle fait plus ou moins rire selon les personnes. Mais notez tout ce qu'il y a d'espoir sur la vie qui reste. Et c'est cela, Marie, que dit cette histoire plus philosophique qu'il n'y paraît : à tout âge, quelles que soient les convenances stupides d'un environnement ou d'une morale, on a encore droit au bonheur quand on s'est trompé."

"Aimer, c'est ne rien exiger."

"Il m'a couverte, protégée. Je me suis sentie bien avec lui. Et je sais maintenant que ce que je ressens à son égard n'appartient pas à la sphère des sentiments amoureux, mais à celle de l'intimité."

"Ai-je été réellement trahie (...)? En quoi ? Trompée ? C'est un mot que je n'aime pas. Il ne correspond pas au plaisir d'être ensemble. Il me semble qu'il fait référence au moment où l'amant désaime et laisse place au propriétaire qui se fâche."



samedi 10 août 2019

"Le Livre des Baltimore" de Joël DICKER


Sitôt ouvert, vous ne pouvez plus le lâcher ! Je l'ai acheté après avoir lu "La vérité sur l'affaire Harry Québert" que j'avais vraiment aimé. Là, le suspens est comparable.

C'est l'histoire de la famille Goldman, celle qui vit à Montclair et celle qui réside à Baltimore.
La première est une famille toute simple et l'autre, une à qui tout réussit : "bénie des dieux". Puis soudain, c'est le drame...
Le récit est écrit par le fils Goldman de Montclair qui voue un amour et une admiration sans bornes aux Baltimore. Les relations se nouent, s'intensifient avec le temps et nos nerfs sont mis à rude épreuve. Qu'a-t-il bien pu se passer ?
Génial !

Quelques morceaux choisis :

"Ne nous abaissons pas à fréquenter la médiocrité, car c'est une maladie contagieuse."

"En même temps qu'elle avait mis des étoiles dans ma vie, elle avait instillé une inquiétude : celle de la perdre."

"Dans vingt ans, les gens ne liront plus. C'est comme ça. Ils seront trop occupés à faire les zozos sur leurs téléphones portables. Vous savez Goldman, l'édition c'est fini. Les enfants de vos enfants 
regarderont les livres avec la même curiosité que nous regardons les hiéroglyphes des Égyptiens. Ils vous diront : "Grand-père, à quoi servaient les livres?" Et vous leur répondrez : " A rêver. Ou à couper les arbres, je ne sais plus." A ce moment-là, il sera trop tard pour se réveiller : la débilité de l'humanité aura atteint son seuil critique et nous nous entretuerons à cause de notre bêtise congénitale (ce qui d'ailleurs est déjà plus ou moins le cas)."

"Il y a eu une époque où les vedettes de l'Amérique étaient des cosmonautes et des scientifiques. Aujourd'hui, nos vedettes sont des gens qui ne font rien et passent leur temps à se photographier, eux-mêmes ou leur assiette."

"Beaucoup d'entre nous cherchons à donner un sens à nos vies, mais nos vies n'ont de sens que si nous sommes capables d'accomplir ces trois destinées : aimer, être aimer et savoir pardonner. Le reste n'est que du temps perdu."

"Les regrets sont un concept que je n'aime pas : ils signifient que nous n'assumons pas ce que nous avons été."

"La passion n'a rien à voir avec l'amour. La passion est un no man's land, une zone de guerre bombardée, située quelque part entre la douleur, la folie et la mort."