dimanche 21 janvier 2018

Rachid KHIMOUNE à l'Artsenal de Dreux


 Rachid KHIMOUNE expose à l'ArTsenal de Dreux jusqu'au 1er avril 2018.







 Abbey Road
 Vélobipède : hommage à Van Gogh



 La Kabyle

 Je ne vois rien, je n'entends rien, je n'entends rien

 Démon de la musique

 Ali Bobar

 Poisson dans bocal


Tortue américaine

Prise de tête
Strange Fruit en hommage à Billie Holiday, que l'on entend en fond sonore : bouleversant.

 

mercredi 17 janvier 2018

"La Grammaire est une chanson douce" d'Erik ORSENNA



À lire et à relire Avec toujours autant de bonheur.<3 span="">

"Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu'elle nous parlait :
- Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pied.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver. "  

"Vingt-cinq langues meurent chaque année ! Elles meurent faute d’avoir été parlées. Et les choses que désignent ces langues s’éteignent avec elles. Voilà pourquoi les déserts peu à peu nous envahissent. A bon entendeur, salut ! Les mots sont les petits moteurs de la vie. Nous devons en prendre soin. "

"-Les mots sont de petites bêtes sentimentales. Ils détestent que deux êtres humains cessent de s'aimer.
- Pourquoi ? Ce n'est pas leur affaire, quand même !
- Ils pensent que si ! Pour eux, le désamour, c'est du silence qui s'installe sur Terre. Et les mots haïssent le silence. "

"-Comment tu t'appelles ?
-Antoine. Mais je suis plus connu par mon diminutif. Saint-Ex.
-Comme celui du Petit Prince ?
-C'est moi. L'île m'a recueilli, comme toi. C'est le seul endroit où aller pour un écrivain mort.
-Mais tu n'es pas mort puisque tu me parles !
-Je ne suis pas mort parce que j'écris. Si tu ne me laisses pas travailler, je vais mourir de nouveau. "

"Nous portons en nous des larmes trop lourdes. Celle-là, nous ne pourrons jamais les pleurer. "




"Romain Gary s'en va-t-en guerre" de Laurent SEKSIK


Deux jours dans le Ghetto B de Vilnius, deux jours pour mieux connaître l'enfant Romain Gary avant qu'il ne s'appelle Émile Ajar. Il s'était inventé un père de rêve : un acteur russe qui lui ressemblait beaucoup. La réalité est plus triste.

Roman biographique que je n'ai pas aimé tant que ça, même s'il m'a donné l'envie de relire du Romain Gary. J'en attendais sans doute trop... Le Zweig était tellement bon !


 "Ne réalise-on jamais l’âge de sa mère, hormis à ses derniers instants."

"On lui reprochait parfois de ne pas avoir des préoccupations de son âge. Mais, quand on a connu l’exil à six mois, la séparation de ses parents et la mort d’un frère, l’enfance est une terre inconnue, un continent lointain."

"L’enfant a appris la grande lâcheté des hommes, a vu s’éteindre le temps de l’insouciance. Elle se promets d’en ranimer la flamme, peu importe ce que cela lui coûtera d’énergie et de peine. Elle s’évertuera tout au long des années à tenter d’effacer l’instant de cet aveu, à enseigner ce qu’est un amour absolu, un amour pur, sans taches."

"Quelle autre nation au monde serait prête à se déchirer pour l'honneur d'un capitaine juif? Elle pensait à Dreyfus et elle aimait la France."

"Il n'y a pas de mauvaise mère, il y a surtout des pères absents."

"Et quand l'enfant demandait si elle disait la vérité, elle expliquait que les choses devenaient vraies dès l'instant où on les croyait."

"L'amour ne fait que passer, la seule chose qui reste, c'est la tendresse."


dimanche 14 janvier 2018

Bon rétablissement de Marie-Sabine ROGER


J'ai ri ! Quelle verve ! Quelle ironie ! J'avais vu le film (avec Gérard LANVIN) et pourtant, je ne me suis pas ennuyée une minute !! Je vous le conseille vivement !

Jean-Pierre, "veuf sans enfant ni chien", à la retraite depuis 7 ans, est un homme bourru, aigri, à l'humour plus que sarcastique.
Un jour après un étrange accident, il se retrouve cloué à un lit d'hôpital où il va devoir côtoyer tout un tas de gens qu'il avait réussi à éviter jusqu'alors.

"Il m’arrive parfois de verser ma larmette. C’est de l’incontinence de mémoire, de l’énurésie de sentiment."

"Je tenais à mes parents, même si c'était des parents, avec tous les défauts que ça peut sous-entendre, question autorité et interdictions. Je tenais à mon père, surtout. Je le trouvais balèze, pas seulement pour ses biceps plus épais que des cuisses. Il était fort, vraiment. Droit planté dans ses bottes. Riche de convictions, à défaut d'autre chose. Un gueulard, un sanguin, mais qui trempait ses mouchoirs aux mariages, aux baptêmes, appelait ma mère Mon p'tit bouchon d'amour, en se foutant pas mal du ridicule, et n'avait jamais peur de lui dire Je t'aime.
L'homme que j'aurais sûrement bien aimé devenir."

"L'espoir, c'est bon pour les rêveurs et les adolescents.
Moi, j'ai des souvenirs.
A mon âge, c’est plus sûr qu’avoir des ambitions."

"On m'a intubé le bazar pour cause d'écrasement de l'urètre, ce qui fait qu'ajouté à l'oedème des baloches, on dirait que je sors d'une greffe de biniou."

"Mais même s'il n'y a plus de battements de cœur,, quand l'autre meurt, quelque chose de nous l'accompagne...Ceux qui partagent notre vie en gardent un morceau dans le fond de leur poche. C'est leur lumière qui s'éteint, c'est à nous qu'il manque un éclat."

"Il avait droit à tous les noms d'oiseaux. Tantouze, lopette, p'tite fiotte, pédé, c'était les plus flatteurs et les plus distingués.
Son père était routier et le cognait chaque dimanche pour le guérir de ses mauvais penchants. Sa mère le consolait et l'appelait mon bébé. Il se faisait charrier par tous les cons de mon âge.
Sa vie n'était qu'une tartine de fiel sur un quignon de pain moisi.
Il s'est jeté du toit de sa maison, à la fin d'un week-end trop long. Sûrement découragé par la bêtise humaine. Il a raté son grand plongeon, et s'est retrouvé paraplégique.
Il avait à peine quinze ans.
Quand j'ai appris ce qui lui était arrivé, je me suis senti merdeux, même si je n'y étais pour rien à titre personnel - à titre plus "personnel" que les autres, en tout cas. Je ne lui avais jamais adressé la parole. Mais les regards en coin, les rires gras, les clins d'oeil, ça aussi ça peut pousser quelqu'un dans le vide, je crois. Du coup, si on fait bien le compte, on était quelques uns à le faire sauter du toit, ce soir-là. Son père en première ligne, et nous autres, en renfort. Nous tous, les hommes forts."

"Il faut se rendre à l'évidence, la plupart des femmes n'ont pas besoin de nous : un ballotin de chocolats leur suffit amplement à remplacer l'orgasme."

"Parmi mes petites joies retrouvées, ridicules et intimes, je peux aller pisser tout seul.
Je sais que ça n’a l’air de rien, mais je mesure à présent, à ce genre de choses anodines, la distance ténue qui sépare une vie normale d’une vie de chiotte, et c’est sans jeu de mots."

"On appelle ça mourir bêtement.
Je ne connais pas de morts intelligentes."

"Si je devais trouver un mot pour bien me définir, je pense que c'est "ptose" qui conviendrait le mieux. Tout mon corps semble avoir subi un glissement de terrain.
Pour le visage, ce n'est pas une découverte, je me rase tous les matins. Mes grands yeux en amande ont depuis longtemps cédé la place à ceux d'un Saint-Hubert. Le visage a glissé d'un cran, le cou ballotte un peu, mais le front est plus haut. Si haut qu'un jour prochain il rejoindra ma nuque. Par contre, je découvre avec étonnement que je suis arrivé à cet âge glorieux où les durs pectoraux se changent en vieux seins, où le ventre recouvre l'amorce du pubis, où les fières petites burnes, jadis si haut perchées, serrées dans leur scrotum comme dans un calebar, sont devenues deux lourds battants de cloche dans l'attente d'un suspensoir.
Je dois pouvoir mieux faire encore. Perdre d'autres cheveux. Semer deux ou trois dents.
Dégringolade et avachissement." 
 
"La mort nous fait penser à la mort, par association d'idées, je suppose. Celle des autres nous ramène à la nôtre, à celle de nos proches, à l'éventualité de notre disparition. Cette "éventualité" qui est notre seule certitude, mais que l'on traite avec un curieux scepticisme, comme si on pouvait se permettre d'en douter. On vit tous en sachant qu'on marche vers la mort. On fait comme si de rien n'était. Mais il suffit d'un accident sur le bord de la route, d'un parent qui nous quitte, d'un téléphone qui sonne au milieu de la nuit, d'un médecin qui tire la gueule en regardant nos analyses, et elle revient, cette vieille salope. Elle nous met la main sur l'épaule, nous fout des frissons dans le dos."
 
"Une maladresse qui vient du cœur se pardonne plus volontiers qu'un silence confortable. Elle s'oublie plus vite, également."
 
 




Je n'ai pas toujours été un vieux con d'Alexandre FERRAGA


Un roman très agréable et parfois jubilatoire suite aux déclarations cyniques et acerbes de ce vieux chnock obligé finir des jours dans une maison de retraite. Très attendrissant.

"Chaque chambre porte un nom de fleur. Aux Primevères l'avenir est assuré. Les enfants peuvent continuer d'abandonner leurs géniteurs et la science peut continuer ses progrès car il existe encore un paquet de noms de fleurs et un paquet de chambres à ouvrir. Avec les appellations de fromage ils auraient été peinards aussi."

"Les souvenirs ne suffisent à personne. Ils ne servent même à rien si personne ne les entend. Gardés enfouis, ils alimentent l'incontrôlable nostalgie du bonheur passé. Ils finissent par s'effilocher comme une couverture qui traverse de nombreux hivers." 

"Si les vieux radotent, ce n'est pas pour emmerder leur entourage, c'est pour bien garder à l'esprit tous les bons et mauvais moments qu'ils ont vécus. Pour se rappeler qu'ils ont eu une vie, que l'état de décrépitude dans lequel ils se trouvent ne résume pas leur existence."

"Avant d'arriver ici, je pensais entrer au musée des horreurs. Un version gériatrique de la fin du monde. Avec ballet de croque-morts tous les trois jours et marche funèbre pour danser le samedi soir."

"C'est beau la jeunesse. Au menu, purée de pomme de terre, viande hachée, pain de mie et comporte de poires. De la haute gastronomie infantile."

 "Le temps que tu as traversé est écrit sur ta peau. Tu es vivant aujourd'hui par le temps que tu as vécu hier. Tu peux mentir, changer de visage ou même de nom, tu seras toujours ce que tu as vécu. Si la personne à laquelle tu parles ne t'entend plus ou si tu n'as plus personne à qui parler, alors tu n'existes plus."

"C'est étrange, la mémoire ne retient pas la voix des gens morts. Les visages sont presque indélébiles, les mots sont à peu près justes, la voix, elle, disparaît. C'est toujours notre voix intérieure qui parle pour les autres. Je parle là des gens que l'on a bien connus, parce que pour les autres, il ne reste presque plus rien, ni visage, ni voix, tout juste une vague émotion qui traverse l'esprit. La mémoire est un luxe."

"C'est peut-être cela l'avenir du commerce et de la science. Pouvoir acheter du temps. Le clampin moyen passe son temps à le tuer en remplissant les espaces vides par un tas de saloperies en plastique, chevaux sous la capot ou machines tyranniques. Et puis il se lasse de toutes ces choses qu'il n'arrive plus à ranger. Il se lasse tant qu'il en crève. Un jour viendra où tout aura été acheté et vendu mille fois. Il n'y aura plus rien pour remplir les espaces vides. Il faudra tuer la mort en achetant du temps. Quelle blague. "

"La maladie prend beaucoup. Soit nous acceptons qu'elle prenne tout, soit nous décidons qu'elle n'aura plus la dernière goutte, ce que nous sommes. Roger a une maladie, il n'est pas LA maladie."

"La peur ne remplit pas, elle vide. C'est une sangsue qui boit le peu de lucidité qui nous reste face à un évènement déstabilisant."

"Jack m'aide à enfiler mon pantalon et des chaussettes. J'ai encore des difficultés pour m'habiller. Ma prothèse et moi en sommes encore au vouvoiement."

"Ils ont même inventé des pilules pour que nous bandions encore. Je ne suis pas contre mais il faut avouer que certains débris mériteraient d'être poussés plus rapidement vers la sortie. nous allons bien nous marrer quand cinquante pour cent de la population aura plus de 65 ans. Quand un tiers bavera, le menton collé à la poitrine, le cerveau mité par l'industrie pharmaceutique. Quand les salaires des actifs couvriront à peine le maintien des retraites. Quand les vieux, effrayés par le lendemain, ne dépenseront plus un kopeck, ni en croisières, ni en pilules pour bander. Lorsque les têtes dirigeantes auront les poches vides, ils réfléchiront à deux fois avant de conchier les partisans de l'euthanasie. (...) Pauvres pays riches. Il y a sur cette foutue Terre des gosses qui ne passeront pas leur jeunesse par malnutrition et nous, nous poussons plus loin les limites de la vie. (...) Une guerre opposant des bougres qui essaient de vivre contre une armée qui n'arrive plus à mourir, il y aurait de quoi pisser de rire."

"Je n'ai pas moins vécu sans lire une seule ligne d'une seule oeuvre de monsieur je-ne-sais-qui. Je n'ai pas moins folâtré qu'un autre ni mangé moins d'abricots et de mandarines qu'un foutu rat de bibliothèque."