jeudi 19 avril 2018

"Le Roi disait que j'étais diable" de Clara DUPONT-MONOD



Ce roman couvre la première partie de la vie d’Aliénor d'Aquitaine depuis son mariage avec Louis VII alors qu'elle n'a que 13 ans jusqu'à son "divorce" 15 ans plus tard. 
Basé sur de vrais faits historiques, Clara DUPONT-MONOD réinvente la vie d'Aliénor. Cette femme de caractère qui fut reine de France puis d'Angleterre. 
Aliénor est une femme qui me passionne depuis longtemps par son caractère, sa culture et sa modernité : une des premières féministes et au XIIè siècle ce n'est pas une sinécure. 
J'ai beaucoup aimé le procédé qu'emploie l’auteur : le dialogue intérieur d'Aliénor et de Louis, tellement différent de sa fougueuse épouse. 

Bref, une réussite ! J'attends avec impatience la suite : son mariage avec Henri PLANTAGENÊT. Merci Valérie M. pour cette découverte.

Quelques morceaux choisis : 

"Bien sûr, j’avais entendu parler de ta famille effrayante et magique, surtout de ton grand-père Guillaume. Moi, je m’ignorais incomplet, coupé d’une partie de ma vie. Je t’attendais pour vivre vraiment. Quelque part, très loin au fond de moi, une ride s’est creusée. J’ai senti l’obscure frontière qui, définitivement, isolerait cet instant du reste de ma vie. Sortir du cloître, renoncer à la prêtrise, gérer le royaume : je pouvais le faire, en animal bien docile que je suis. Mais cela ne représentait rien comparé à la promesse d’un avenir avec toi. Tu étais mon cadeau et mon épreuve. Une splendeur posée sur la route d’un serviteur couronné."

"J’ai en face de moi un nouveau-né apeuré qui n’a jamais songé à gouverner. Ce projet-là était pour son frère aîné Philippe. Mais cet idiot mourut juste après, la tête fracassée contre les faubourgs de Paris. Un cochon s’était jeté dans les pattes de son cheval. N’est-ce pas un magnifique résumé du royaume de France ? Ce sont des porcs qui décident de son destin."

"Née fille, elle porte mille ans de servitude."

"Par moi, il a goûté la haine. Pour lui, j’ai découvert la honte. Quel magnifique couple nous formons!"

"Une main qui effleure, l'œil qui s'agrippe, le buste qui penche... Comme le corps est bavard ! Il divulgue tout. C'est un traître hors pair."


Gisants d'Aliénor et Henri II à l’abbaye de Fontevraud

dimanche 1 avril 2018

"Délation sur ordonnance" de Bernard PROU


C'est avec délice, que j'ai enfin lu le dernier roman de Bernard PROU. Le premier roman était l'excellent "Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant".

Cette fois encore l'auteur nous entraîne parmi les livres : Céline, Maupassant, Marcel Aymé, Dumas, Rostand... pendant la seconde guerre mondiale.
On pourrait se dire : Quoi ! Encore un livre "là-dessus" ?
Et bien non, on est littéralement happés, emportés, engloutis pas l'histoire et l'Histoire où la réalité et le roman se confondent.

Sans rien dévoiler (vous savez que je ne lis pas les 4e de couv. ni ne regarde les bandes annonces car je veux être totalement surprise.), en voici le début :

Oreste (certainement en rapport avec le mythe du même nom), expert en livres anciens et souvent précieux, est amené à estimer la bibliothèque de feu Grégoire St Marly médecin à Pau, à la demande de sa petite fille.
En ouvrant une édition de "Beaux draps" de Céline, il découvre une ordonnance écrite de la main de St Marly qui dénonce auprès de la Préfecture quatre "mauvais" Français : un juif, un communiste, un franc maçon, un gaulliste.

Une fois le livre ouvert, impossible de le lâcher. On est embarqué dans ces secrets de famille, des moments révoltants et d'autres jubilatoires... Quand tout est fini, on tombe sur une copie de l'ordonnance avec les noms censurés issue des archives de l'auteur. Qu'est ce qui est vrai ? Qu'est ce qui est faux ? Certainement que Guy de Maupassant nous livre sa vérité : "Le récit qui suit est de point en point authentique. Je l'ai écrit sous la dictée sans y rien changer, sans en rien omettre, sans essayer de le rendre plus "littéraire" ou plus dramatique, ne laissant que les faits tout seuls, tout nus, tout simples, avec tous les noms, tous les mouvements des personnages et les paroles qu'ils prononcèrent."



Enfin, un excellent moment de lecture. Merci Alexis Soumachedchi !

Quelques phrases aimées :

"J'éprouve un malin plaisir à flouer les cuistres, les parvenus qui tapissent leurs murs de reliures achetées au mètre pour acheter une culture qu'ils n'ont pas. C'est à peine s'ils sont capables d'en déchiffrer le titre ! Ces gens-là me nourrissent, mais ils me gavent."

"Il aimait toujours Jeanne et cherchait le baume qui aurait apaisé sa trahison. S'il avait pardonné cet écart à l'épouse, du moins en paroles, il cherchait à comprendre les aspirations de la femme. Il avait renoncé à la loi du talion, mais la colère et le ressentiment restaient tapis au plus profond de lui. Tel un feu de charbon qui pendant des années brûle et serpente sous terre, la misanthropie mena son œuvre de corrosion en sourdine sans qu'il pût la maîtriser. "

"Je suis un désabusé vindicatif qui ne sait pas savourer l'instant. L'instant me fout la trouille."

"Ça y est ! Je suis pris d'une chiasse verbale carabinée. Vous allez devoir me subir. Profitez-en, j'me déboutonne pas souvent ! Je suis un impulsif pathologique, un irritable chronique. Je flingue tous azimuts ce qui ne trouve pas grâce ni à mes yeux ni à mes oreilles, et croyez-moi ça représente un sacré boulot..."

"Mes parents avaient la hantise du jour de l'échéance du loyer. Depuis mon enfance j'ai toujours vu des gens hantés par le terme."

"-Tu as déjà tué quelqu'un ?
-Un ptit peu. Mais rien que des vauriens de mon espèce."

"-Je me souviens encore du quatrain inscrit à la demande de l'écrivain (E. Rostand à Cambo-les-Bains) sur une plaque apposée près du fronton, dit Laure, qui se mit à me réciter :
Toi qui viens partager notre lumière blonde
Et t'asseoir au festin des horizons changeants
N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde
Et ne raconte pas ce que disent les gens."

"Si c'est un Maillol, j'peux te dire qu'au pieu elle est pas de marbre !"

À ceux qui tondaient les femmes à la libération :
"Des matrones, trop longtemps sevrées de caresses de leur mari prisonnier en Allemagne, étaient des plus virulentes. Privées de volupté, elles se montraient les plus venimeuses. Ignoraient-elles les infidélités de leur époux captif outre-Rhin avec d'autres femmes, frustrées elles aussi de l'étreinte de leur compagnon ?
Ces abrutis de bêtise, pensaient-ils à cet instant retrouver la virilité qui les avait désertés depuis quatre ans ? Une molle érection les récompenserait-elle de leur pleutrerie et les encouragerait-elle à gueuler encore plus fort ? Chacun vociférait à l'imitation de son voisin, et tous expiaient à leur propre lâcheté."

J'ai bien apprécié l'inscription cryptée aussi ! ;)

mercredi 21 mars 2018

Le Pas de Roland

Une des légendes voudrait que ce fut l'épée de Roland de Roncevaux qui ait creusé dans la roche cette cavité lors d'une bataille contre les Sarrasins.

Sur la commune d'Itxassou, la brèche de Roland borde la Nive, un affluent de l'Adour. 




 




Merci Jean et Sabine pour la belle balade !

dimanche 18 mars 2018

La Grand-Mère de Jade de Frédérique DEGHELT


Un livre très touchant qui fait revivre des sentiments qui étaient enfouis mais qui tiennent chaud dedans.
C’est l’histoire de Jade, une trentenaire parisienne et récemment célibataire qui décide d’héberger sa grand-mère vouée à la maison de retraite par ses propres filles.

La petite fille connaissait sa grand-mère, elle va apprendre à connaître la femme.


Quelques phrases aimées :

"Il s'est produit quelque chose qui a grandi, qui de livre en livre s'est mis à accaparer mes yeux, mon souvenir et toutes les parties de mon corps. Je me souviens d'avoir été fascinée par le miracle des bons livres qui arrivaient au bon moment de la vie. Ceux qui parfois tombaient des étagères pour venir répondre à des questions que me posait l'existence. J'ai récupéré ainsi la patience à une époque où je serais partie dans l'exaspération, découvert les vertus de l'amour rêvé, abandonné le voyage à d'autres vies, rangé le meurtre au rayon de l'impossible. J'ai tout vécu, j'ai mille ans et je le dois aux livres." 
 
"Il ne faut rien regretter, cela empêche de bien vivre."
 
"Mais je crois que choisir son lieu de vie et les êtres qui sont autour de soi est la dernière dignité qui reste à un être vieillissant..."
 
"La part de rêve que m'offre la lecture me révèle une réalité, la mienne."
 
"Tu vois, dans la vie, on ne dit pas tout ce qu'on pense, on ne pense pas tout ce qu'on dit et l'on ne fait pas non plus tout ce qu'on croit."
 
"En amour plus qu'ailleurs, le silence est préférable aux mots dits. Je goûte l'instant, je jouis du silence pour conjurer le temps."
 
"Il ne peut y avoir de décisions innocentes quand les enfants deviennent les parents de leurs parents. J'ai maintenant cessé d'être votre refuge pour devenir votre fardeau. "
 
"Les miroirs n'ont aucune importance quand on vit depuis très longtemps dans le regard amoureux d'un être que l'on connaît par cœur."
 
 "On ne regrette jamais ce qu'on n'a pas choisi. On regrette la chance qu'on a laissé passer."
 
"Un baiser mais à tout prendre, qu'est-ce ? Un serment d'un peu plus près, une promesse... C'est un secret qui prend la bouche pour oreille... Une façon d'un peu se respirer le cœur... Et d'un peu se goûter au bord des lèvres l'âme !
(Cyrano)"
 
"Je me suis mise à observer la vieillesse. Elle n'intéresse personne. Plus il y a de vieux, plus ils sont jeunes. Je me souviens d'un temps où je pouvais dire les vieux sans avoir la sensation d'avoir commis une bourde... Maintenant, on ne dit plus vieux, on dit troisième âge comme une quatrième dimension. On dit les octogénaires ou les octos, dernière coquetterie d'une race nouvelle que je trouve lâchement complice de ces fioritures verbales. Réussir sa vieillesse, c'est trouver une seconde jeunesse. Quel désarmant paradoxe! Rajeunir ou disparaître voilà le choix....
Quand j'étais jeune, les vieux étaient vieux et aujourd'hui que je suis vieille les vieux se doivent d'être jeunes. Il faut se résoudre à vivre dans un monde dans lequel notre âge est valorisé dans la mesure où nous ne le paraissons pas. Et nous voilà de plus en plus nombreux à nous cacher dans des tranches qui ne sont pas les nôtres. Ce doit être une sorte de guerre des vivants. Quant aux autres, ceux qui ne peuvet pas tricher, on les dissimule comme on peut..."
 
"Prendre la rue du plus tard, c'est arriver à la place du jamais."
 
"Vous êtes comme moi. Vous aimez l'accident d'un rêve enseveli dans un roman. Vous aimez que l'écriture accroche la douleur aux ténèbres pour en faire de la lumière"
 
"La mer quand on la rencontre tardivement, nous souffle l'idée que sans elle vous étiez orphelin..."
 




Comme un vautour

Une magnifique balade sur les crêtes au dessus de Bidarray. On peut observer les Peñas de Itsusi avec les vautours et les magnifiques reliefs basques depuis le Col de Mehatse, les crêtes d'Iparla et Irubelaskakoa.
Attention au vertige !










 Un super souvenir à renouveler. Merci les amis. <3 br="">