samedi 11 avril 2020

"La Part des flammes" de Gaëlle Nohant et "D'un Gisant l'autre" de Valérie Montalbetti-Kervella



Un fabuleux roman qui allie à la perfection le réel et l'imaginaire à cette époque que j'apprécie beaucoup le XIXe siècle.
A l'instar de Bernard Prou et de son "Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse de la vie du fils de Maupassant", Gaëlle Nohant nous plonge dans ce Paris de mai 1897 au moment du tristement célèbre incendie du Bazar de la Charité et nous permet de côtoyer des personnages aussi bien réels que fictifs. Mais rien ne nous permet de faire la part des choses. On ressort ainsi de notre lecture, avides de savoirs. Est-ce vrai ? Qu'est ce qui l'est ? Qu'est qui ne l'est pas ? On aimerait tellement croire à certaines vérités romanesques ! Et puis tous ces événement se passent en même temps que ce fléau du moment : la tuberculose. Ce n'est pas sans nous interpeler sur ce que nous vivons en ce moment : le covid 19.

Depuis petite, comme beaucoup d'entre nous du reste, j'ai admiré Sissi : cette princesse de Bavière au coeur simple et tendre. Alors forcément, quand à Dreux on a le gisant (que dis-je ? Les gisants !) de sa soeur Sophie, Duchesse d'Alençon qui a péri lors du l'incendie du Bazar de la Charité. On a envie d'en savoir davantage !
Quand en plus de cela, une amie s'intéresse d'un point de vue artistique aux dits gisants de la Duchesse et en fait un livre alors on est comble : "D'un Gisant l'autre" de Valérie Montalbetti-Kervella

Quelques belles phrases : 

"Sa bouche s'était imperceptiblement tendue comme pour accueillir un baiser, et il eut envie de lui donner ce baiser, d'entrer dans cette douceur, d'être l'inconsolable qui consolerait cette femme."

"J'y ai passé des heures inoubliables. Je n'y suis jamais retournée de peur d'abimer mes souvenirs."

"Son regard l'avait fait fondre comme les rayons d'une aube incendiée réveillent la forêt sous le givre."

"S'il était un bonheur possible sur cette terre, on ne pouvait y accéder qu'en laissant mourir certaines choses en soi."

"Elle en était venue à aimer sa souffrance physique parce qu'elle accaparait par moment toute l'attention de son cerveau, la délivrant d'un mal plus souterrain."

"Et Paris était cette ville bouillante et mortifère ou plus de deux millions d'êtres espéraient ne pas se réveiller un matin en toussant."

"Elle avait des morceaux brisés dans le coeur, les secouer était douloureux."

"Son mariage relevait donc d'une erreur d'aiguillage, il n'en avait été que le passager attendant de descendre en gare."

"Derrière l'appât charmant, il y avait tout le reste, le piège soyeux, la tyrannie de velours, et surtout, SURTOUT, l'ennui le plus profond."

"Il la fixa calmement, et leurs solitudes s'effleurèrent et se reconnurent."

"Le Paris des quartiers chics, celui qui s'amusait, dansait et aimait être effrayé et choqué et dont le principal souci était de tuer l'ennui, avait pris le deuil."




vendredi 27 mars 2020

"Né sous une bonne étoile" d'Aurélie Valognes


On a tous eu dans notre scolarité quelqu'un qui nous marqué...
Qu'on soit bon élève ou pas, en tout cas quelqu'un qui, à l'instar de John Keating dans "Le Cercle des poètes disparus", nous a montré une voie différente, qui nous a encouragés parfois à refuser l'ordre établi ou du moins qui nous a permis de nous révéler. Enfin, j'espère ! Finalement en écrivant ces lignes, je me rends compte que non, on n'a peut-être pas tous eu cette chance...

Je fais partie de ces privilégiées qui ont croisé la route d'une de ces personnes à différents moments de ma scolarité : Mme Fuschs, Mme Godard, Mme Dussaucy, Mme Dorison à Dreux M. Citi, M. Leuwers à Tours... Qu'ils en soient remerciés publiquement aujourd'hui. Ils n'ont peut-être pas été aussi spectaculaires que Keating mais leur bienveillance m'a permis d'avancer et d'être aussi qui je suis aujourd'hui.
J'essaie, à mon tour, avec mes élèves, d'être cette personne qui les éveillera voire les révèlera et surtout pas celle qui les diminuera et les dégoûtera à jamais de l'école comme certains profs de ce livre et de la vraie vie.

C'est l'histoire de Gustave, il est en primaire et a beaucoup de difficultés. C'est d'autant plus difficile pour lui que sa grande soeur est brillante et qu'il passe.. après.
Bien sûr, à force d'être perçu et traité comme un mauvais élève, Gustave perd le peu de confiance qu'il avait en lui et finit pas s'en convaincre qu'il est un cancre.

Un livre à conseiller à tous les dys, comme on les appelle : dyslexiques, dyspraxiques... Une lueur d'espoir ! Il existe des Mme Bergamote !!

J'ai un peu moins aimé qu' "Au petit bonheur la chance!" mais je suis certaine qu'il va parler à bon nombre d'entre vous.

De jolies phrases qui résonnent :

"Aujourd'hui, elle préférait revêtir l'uniforme "jean sweat baskets" pour avoir la paix.

"Ce n'est pas normal d'aller à l'école avec la boule au ventre, de faire semblant d'être plus bête que l'on est, juste pour ne pas froisser la médiocrité et le manque d'intelligence certains."

"Quel que soit votre rêve, visez plus haut !"

"Cela faisait plus de 10 ans qu'elle enseignait et pour la première fois elle remarquait que dans "enseigne", il y avait "saigne".  Est-ce fait exprès ?"

"Il était de ces instituteurs chez qui la promesse d'un déodorant 48h paraissait un minimum."

"Je t'aime bien. Tant pis pour toi !"

"Les légumes cramés au fond de la cocotte, c'était le goût des plats concoctés avec amour."

"L'enfance c'est faire des bêtises. Écrire, c'est continuer à en faire."










dimanche 22 mars 2020

"La Panthère des neiges" de Sylvain Tesson



Une grande respiration loin de ce qu'on vit en ces moments anxiogènes. La quête du Graal animal, la quête de La Panthère des neiges qu'on annonçait disparue. Le retour à la nature, la vraie, à l'introspection.

On a l'oeil et l'expérience de Vincent Munier dont je suivais déjà le travail photographique et la poésie de Sylvain Tesson qui m'avait déjà bien fait vibrer "Dans les forêts de Sibérie". Magique !

Quelques passages délicieux ou terrassants : 

"Ce pays est un Éden. Climatisé."

"Soudain un âne sauvage. L'animal s'arrêta, aux aguets. Munier collait son oeil dans le viseur. Cette gymnastique s'apparentait à la chasse. Ni Munier ni moi n'avons l'âme tueuse. Pourquoi détruire une bête plus puissante et mieux adaptée que toi ? Le chasseur fait coup double. Il détruit un être et tue en lui-même le dépit de n'être point aussi viril que le loup ou aussi découplé que l'antilope. Pan ! Le coup part. "Enfin !", dit la femme du chasseur.
Il faut le comprendre le pauvre, il est injuste d'être bedonnant quand vaque autour de soi un peuple tendu comme l'arc. "

""J'ai beaucoup circulé, j'ai été regardé et je n'en savais rien" : c'était mon nouveau psaume et je le marmonne à la mode tibétaine, en bourdonnant. Il résumait ma vie. Désormais je saurai que nous déambulions parmi des yeux ouverts dans des visages invisibles. Je m'acquittais de mon ancienne indifférence par le double exercice de l'attention et de la patience. Appelons cela l'amour. "

"Le pelage des antilopes égayait l'aridité des taches joyeuses. Blanche et grisée, plus douce qu'un cachemire, leur toison les a condamnées. Les braconniers vendaient les peaux à l'industrie textile, business planétaire. L'espèce était menacée de disparition malgré les programmes de protection gouvernementaux. La lumière auréolait les encolures, je ne chassais pas cette idée : l'une des traces du passage de l'homme sur la Terre aura été sa capacité à faire place nette. L'être humain avait résolu la question philosophique de sa nature propre : il était un nettoyeur."

""... La fourrure de ces êtres laçant et délaçant leurs courses fraternelles est destinée à finir sur les épaules d'êtres humains dont les capacités physiques sont notoirement moindres. En d'autres termes, Lucette, incapable de courir cent mètres, ne rougira jamais de porter un cache-nez en chirou."

"Marie rangea la caméra :
-Ils se battent, ils vont aux filles : la vieille histoire."

"Avant de baisser les fermetures éclair des tentes, Munier nous lança sa recommandation :
-Ne mettez pas de boules Quies, les loups vont peut-être chanter.
C'est pour entendre des phrases pareilles que je partais en voyage. Puis la Lune se leva et ne put rien pour nous, il fait -30°C sous la toile. Les rêves gelaient."

"Loups ! Ne restez pas en France, ce pays a trop de goût pour l'administration des troupeaux. Un peuple qui aime les majorettes et les banquets ne peut pas supporter qu'un chef de la nuit vaque en liberté.
Déjà les fermiers rentraient dans leur ferme distribuant des coups de pied aux mastiffs. Sur Terre, la gazelle fonce, le loup rôde, le yack roule, le vautour médite, l'antilope dégage, le pika prend la soleil et le chien paie pour tout le monde."

"Munier et Marie s'aimaient. En silence, sans transports. Lui, grand et sculptural, possédait les clefs de la lecture du monde et respectait le mystère de cette fille élastique qui ne se livrait pas. Elle, somptueuse, caoutchouteuse, mutique, admirait l'homme qui savait des secrets mais ne perçait pas les siens. C'étaient deux jeunes dieux grecs dans de beaux animaux supérieurs."

"Mon camarade ne vouait pas son amour à l'idée abstraite de l'homme mais à des récipiendaires réels  : ici, les bêtes et Marie. La chair, les os, les poils, la peau : avant les sentiments, il lui fallait quelque chose sous la main."

"L'homme s'était autoproclamé chef du politburo du vivant, s'était propulsé au sommet de l'échelle et avait imaginé une flopée de dogmes pour légitimer sa domination. Tous défendaient la même cause : lui-même. "L'homme est la gueule de bois de Dieu." disais-je. Elle n'aimait pas ces formules. Elle m'accusait de lancer des pétards inutiles."

"Il restait 5 000 panthères dans le monde. Statistiquement, on comptait davantage d'êtres humains vêtus de manteaux de fourrure."

"Je la croyais camouflée dans le paysage, c'était le passage qui s'annulait à son apparition."

"Elle baillait.
Voilà l'effet de l'homme sur la panthère du Tibet. 
Elle nous tourna le dos, s'étira, disparut.
Je rendis la lunette à Munier. C'était le plus beau jour de ma vie depuis que j'étais mort."

"-L'année dernière, raconta Minier, je désespérais de voir la panthère. J'étais en train de replier mon affût quand un grand corbeau donna l'alerte sur la crête. Je restai pour l'observer, et soudain, la panthère apparut. Le corbeau me l'avait signalée.
-Par quel étrange mouvement de l'âme en arrive-t-on à tirer dans la tête d'un être pareil? dit Marie.
-"L'amour de la nature" est l'argument des chasseurs, dit Munier.
-Faut-il laisser les chasseurs entrer au musée, dis-je.
Par amour de l'art ils lacèreraient un Vélasquez. Mais par amour d'eux-mêmes, étrangement, ils sont peu nombreux à se tirer une balle dans la bouche."

"Rencontrer un animal est une jouvence. L'oeil capte un scintillement. La bête est une clef, elle ouvre une porte. Derrière, l'incommunicable."

"L'intensité avec laquelle on se force à jouir des choses est une prière adressée aux absents. Ils auraient aimé être là. C'est pour eux que nous regardons la panthère. Cette bête, sage fugace, était le totem des êtres disparus. Ma mère emportée, la fille en allée : chaque apparition les avait ramenées."

"La complicité d'un homme avec le monde animal rend supportable le séjour dans les cimetières urbains."

"Regardez la Lune !"
Elle était pleine. "C'est le dernier monde sauvage à portée de regard."









mercredi 4 mars 2020

"Et toujours les forêts" de Sandrine Collette


Les forêts ! Thème du moment s'il en est... J'ai quitté à regrets "La panthère des neiges" de Sylvain Tesson pour vite commencer "Et toujours les forêts" de Sandrine Collette. En effet, elle nous a fait l'honneur de sa visite dans notre jolie librairie du Centre Ville de Dreux : La Rose des Vents, pour un entretien public suivi d'une séance de dédicaces. Je me devais de lire ou du moins de commencer son dernier roman que j'ai terminé depuis !

La question c'est : comment une personne qui a l'air si affable, sympathique et j'ai envie de dire "normal" peut écrire de telles histoires ? Ceux qui ont lu "La dernière vague", "Il reste la poussière"... me comprennent ! Des drames, de l'horreur quotidienne poussée à son paroxysme, des histoires qui nous marquent à jamais. 

"Et toujours les forêts" est un roman post-apocalyptique un peu à la façon de "La route" de Cormac McCarthy. L'histoire commence avec l'arrivée du personnage principal, Corentin que sa mère ne veut pas mettre au monde et s'échine à "faire passer. Le pauvre ! Sa vie commence très mal mais bien que bringuebalé de familles d'accueil en amies de sa mère, il finit presque par avoir une vie "normale" auprès d'une vieille dame, Augustine, au coeur de la forêt et même aller faire ses études à la grande ville. 
Quand soudain la catastrophe arrive et le monde que l'on connaît n'est plus... Je n'en dis pas plus car je déteste que l'on déflore les histoires. 

Un roman noir sur la résilience, l'écologie, l'environnement, la relation homme-chien; les relations humaines au sens très large, l'enfance. 
Un roman intense qui fait parfois battre le coeur beaucoup plus vite et qui, une fois de plus, nous laisse pantois presque hagards. 



Quelques passages... 

"Il savait que c'était à cause de lui, tout ça. C'était son lot, le malheur. sa mère le disait en se penchant sur lui. 
J'ai jamais eu que la poisse avec toi."

"Lui, il pleurait parce que sa mère était revenue. Pendant longtemps pourtant, il en avait rêvé. Les rêves, c'est rien que des mensonges."

"Ils plantèrent des capucines là où ils avaient enterré le chat."

"Chaque semaine, à la télévision, il entendait les mots : réchauffement climatique, deux degrés, trois degrés, danger. Cela ne signifiait rien pour lui. Chaud et sec. Les vieux d'ici parlaient de l'été 1976, ils en avaient connu d'autres. C'était la nature, voilà. des choses avaient changé, bien sûr : l'été précédent, il y avait eu de mantes religieuses dans les jardins. On n'en avait jamais vu, d'ordinaire elles vivaient quatre cents kilomètres plus au Sud. Elles étaient remontées, c'était un signe. Mais les choses changeaient toujours ; c'était cela aussi, la vie. "

"Les hommes étaient intrinsèquement des meurtriers. Ils puaient la mort. Aussi stupides que les cellules cancéreuses détruisant les corps qui les abritent, jusqu'à claquer avec eux. Tuer et être tués. Insensés."

"À présent, il était en charge des autres-de tous les autres. Il n'y aurait plus personne avec qui partager, plus personne pour prendre une partie du fardeau. Plus de conseils, plus de vieille main sur son épaule pour dire qu'il devait aller de l'avant, qu'il devait cesser de réfléchir. Juste de toutes petites mains minuscules et maladroites, qu'il devait tenir jusqu'à ce qu'elle aillent seules, et qu'elles s'agitent pour dire au revoir, puisque les enfants partent toujours- Mais Augustine l'avait dit, il fallait arrêter de tourner en rond, arrêter de penser, c'était comme les regrets, cela ne servait à rien. Mais c'était si difficile. "

"Jamais il ne leur expliqua que l'ennui était un flamboiement, car jamais les enfants ne s'ennuyèrent. Ils avaient perçu l'exhalation de l'imagination, la capacité de faire un monde qui n'existait que dans leur tête, mais auquel leur tête donnait vie cependant."

"Personne ne savait pourquoi ceux-là allaient tuer. Leurs cerveaux étaient devenus fous, seule la mort existait dans leurs veines. "

"Il comprenait ces gens que des ouragans ou des raz-de-marée menacent, et qui refusent de partir."



vendredi 21 février 2020

"La Petite Communiste qui ne souriait jamais" de Lola Lafon


Nadia Comaneci a fasciné toute une génération, moi comprise. Comment oublier les fois où l'on s'est entraîné à exécuter la "sortie Comaneci" aux barres asymétriques ?
Qui ne se souvient pas de ces JO de 1976, de sa grâce et de son talent ? Puis de toutes ces "histoires" autour de son nom et de la famille Ceausescu.

Lola Lafon nous permet de revenir en Roumanie à cette époque de guerre froide et d'essayer de voir plus clair dans cette vie de championne, icône de toute une génération. Le portait d'un gymnaste autant que d'un pays.

Quelques passages qui font réfléchir : 

"...Elle ne sculpte pas l'espace, elle est l'espace, elle ne transmet pas l'émotion, elle est l'émotion."

"Le dernier qui quitte le pays, éteint la lumière en sortant."

"On me montrait une affichette annonçant un rassemblement hommage à la révolution de 1989.
"En 1989, ont-ils donné leur vie pour que nous ayions plus de Coca-Cola et de McDonald's ? Ont-ils donné leur vie pour que nous devenions esclaves du FMI ? Sont-ils morts pour que nous nous enfuyions toujours plus loin de cette Roumanie qui ne peut nous offrir une vie décente ? Morts pour que des milliers de personnes âgées dorment dehors et meurent de froid ? Sont-ils morts pour que cette église orthodoxe soit cette affaire prospère qui ne paie aucun impôt à l'état ? En 1989, ils ont donné leur vie pour notre liberté.  Ce fut leur cadeau de Noël. Qu'avons-nous fait de cette liberté ? Est-elle rangée dans une cave ou la suivons-nous d'un oeil distrait comme une vieille émission télévisée ? ""

"Béla m'a appris à faire du ski, Béla m'a appris à nager, à l'étranger il y avait des choses à visiter, il nous y emmenait, il voulait qu'on s'éduque. Il faisait le guide touristique! C'était bien plus qu'un simple entraîneur... 
-Un coach ?
-Un père. Quel dommage qu'il ait été acheté par les Américains... Aujourd'hui on n'a plus les moyens d'avoir des championnes., les fonds privés ne souhaitent pas investir. On n'a plus d'entraîneur, plus de matériel médical qui permette de détecter et de soigner rapidement les blessées comme on avait avant...Et puis, qui de nos jours ferait tant de sacrifices pour pas grand chose, finalement ?  Notre championne d'Europe en 2004 a été obligée de vendre ses médailles , dans un show télévisé, tout ça pour s'offrir un studio minuscule, d'autres ont posé dans Playboy... Les filles aujourd'hui rêvent d'être top-models. Nous on voulait être imbattables. Tout a changé à la chute du Mur même pour les gymnastes. Aujourd'hui, elles doivent être maquillées en compétition, même à 10 ans. Paillettes, rouge à lèvres, et leurs lycras sont échancrés, plus... sexys. Vous vous souvenez des nôtres ? Pas le même style n'est-ce pas ?"

"On ne pouvait pas être jalouses d'elle, ce qu'elle faisait était trop... loin du possible. Nous étions un brouillon de Nadia. J'ai lu tant de portraits d'elle qui se focalisent sur ses résultats, mais n'importe qu'elle autre sportive désire gagner ! Elle, comment dire ça... elle aimait gagner.. du terrain sur...Nous sommes toutes des brouillons d'elle et je ne parle pas des médailles... "

"On était tellement sûrs que ça ne changerait jamais qu'on s'organisait pour durer, on avait cette vigilance intérieure, pas un instant on n'oublia que ce qu'on nous faisait réciter était faux. Du coup, on se sauvegardait une vie en dehors de l'État. Le communisme ? Mais personne n'y croyait, enfin, pas même les sécuristes. Alors que maintenant... Ils y croient ! Ils en veulent ! Ils sont prêts à tout pour rentrer dans votre Union Européenne, à genoux devant le St Libéral, ils sortent du boulot à 23h, tout ça pourquoi ? Je ne suis pas partie en vacances depuis 6 ans ! Mes parents eux, sous Ceausescu, allaient à la mer et à la montagne, au restaurant, au concert, au cirque, au cinéma, au théâtre? Tout le monde gagnait plus ou moins la même chose. Les prix n'augmentaient presque pas ! Ils avaient constamment peur, c'est vrai, peur qu'on ne les entende dire des choses interdites, aujourd'hui, on peut tout dire, félicitations, seulement personne ne nous entend... Avant on n'avait pas l'autorisation de sortir de Roumanie, mais aujourd'hui, personne n'a les moyens de quitter le pays.... Ah, la censure politique est terminée, mais pas de souci, elle a été remplacée par la censure économique ! Avec ce régime pseudo-libéral qui fait mine de cajoler tandis qu'il empoisonne, on l'ingère parce qu'il n'a pas tout à fait le goût d'un ennemi, on finit par y croire, et à la fin, dans quel état ça vous laisse ? Vidée ! Le communisme a détruit le pays ? Mais aujourd'hui, des sociétés canadiennes chassent des habitants de leur village et s'apprêtent à faire exploser nos montagnes pour explorer les gisements de gaz de schiste, avec la bénédiction du gouvernement roumain, un sacré contrat !"